Nouveau rôle pour la L-Glutamine dans la synthèse des protéines ? Une étude suggère un effet direct sur les mTOR…

NdT: Je n’ai jamais été un partisan de la L-Glutamine, à l’opposé des BCAA qui selon moi, apportent un plus appréciable sur la conservation du muscle maigre. Cependant, si la recherche semble affirmer l’utilité de cet acide aminé, autant en prendre connaissance de manière impartiale et rationnelle, en mettant les préjugés de côté, une chose toujours difficile à faire lorsqu’ils sont installés depuis des années. A chacun d’estimer ce que la glutamine peut faire pour lui mais dans tous les cas, cet article de la SuppVersity nous permettra de développer notre culture physique 🙂

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Arnold Schwarzeneger

Image 1: (Pumping Iron): Le gars du milieu, a priori personne d’autre que le chêne autrichien, prenait de la glutamine, le reste du public l’a surement oublié avec cette folie qui entoure l’importance de la Leucine… blague mise à part, quelqu’un qui s’entraîne comme Arnold risque probablement de bénéficier au mieux d’un supplément de glutamine.

Après toutes ces mauvaises nouvelles au sujet des suppléments prétendument efficaces, j’ai pensé qu’il pourrait être sur le temps de présenter quelques bonnes nouvelles au sujet d’un supplément prétendument inefficace: la L-Glutamine ! Publié en ligne avant impression de la version de la revue scientifique Amino Acids, les résultats d’une étude de 2012 par Martina Chiu et ses collègues de l’Unité de pathologie générale et clinique du département de médecine expérimentale de l’Université de Parme, en Italie (Chia. 2012), pourraient bien expliquer le commentaire récent d’un internaute qui affirme avoir pu bénéficier de grandes améliorations sur la rétention de masse maigre à partir d’un combiné BCAA + supplément de glutamine qu’en prenant des BCAA seuls. Et tandis que je devrais aboutir à ce que je crois être une explication beaucoup plus probable de cette observation dans la conclusion de cet article de blog, jetons d’abord un œil à ce que Chiu & Al. viennent de mettre sur la table.

Ne me prend pas ma L-Glutamine !

Des études antérieures publiées par Evans et al. avaient déjà suggéré que la L-Glutamine, malgré son caractère non essentiel (ce qui signifie que votre corps peut en produire à partir d’autres acides aminés par transamination), joue plus qu’un rôle de facilitateur dans la phosphorylation de la cible mammalienne de la rapamycine (mTOR) et la synthèse des protéines dans le muscle squelettique (Evans. 2007 & 2008). Pour vérifier cette hypothèse, Chiu et al. ont incubées des cellules HepG2 et HeLa (l’utilisation de ces cellules durables et bon marché au lieu de myocytes comme ils ont été utilisés par Evans est certainement un des inconvénients de l’étude) et il a été constaté que:

  • La présence / abondance de L-Glutamine influe sur l’activité des mTORC1
  • Cet effet n’est pas influencé par des augmentations induites de la L-Glutamine en fonction de la teneur cellulaire en leucine
  • La contribution quantitative de la L-Leucine et de la L-Glutamine à l’activation de mTORC1 est spécifique à la lignée cellulaire
  • Même en l’absence de L-Glutamine, l’activité mTORC1 n’était pas complètement inhibée
  • Dans toutes les cellules, à la fois la L-Glutamine et la L-Leucine semblent nécessaires pour une stimulation maximale de mTORC1

La spécificité de la lignée cellulaire, est invariablement problématique même si la conclusion générale affirme qu’un appauvrissement en L-Glutamine ne conduit pas à une diminution subséquente ou à l’absence de l’absorption des acides aminés essentiels, ce qui, à son tour réduirait la phosphorylation induite par les mTOR de l’absorption de l’enzyme de régulation des protéines p70S6K (protéine ribosomale S6 kinase bêta-1) qui est probablement valable pour les cellules musculaires. Cela suggère que « les signaux et les voies de transduction impliqués peuvent être aussi distincts et leurs sensibilités différentes. » ( Chiu. 2012)

NdT: « Cela veut tout simplement dire qu’une absence relative de la glutamine ne conduirait pas systématiquement à une réduction des signaux cellulaires conduisant à l’anabolisme puisque ces signaux déclenchent des réactions multiples et complexes (dont la phosphorylation est le plus commun d’entre eux) au niveau des cellules musculaires (certains d’entre eux dépendent aussi d’autres voies que le mTOR) mais que ces chemins peuvent être différents ou spécifiques en fonction de la nature des cellules (lignée cellulaire). » Rappelons simplement que la phosphorylation permet d’activer ou de désactiver des enzymes ou des récepteurs cellulaires.

Signalisation de la protéine p70S6 kinase

Image 2: Signalisation des p70S6 Kinase (source www.sentineloncology.com)

Alors qu’est-ce que cela signifie? Prendre ou ne pas prendre de L-Glutamine – c’est la question !

Si nous écartons le fait que le mécanisme exact derrière ces observations reste à élucider et d’invoquer qu’il existait une réaction biphasique provoquée par l’épuisement de la glutamine avec un minimum de 3h à 6h et une activité de sauvetage partiel par les phospho-p70S6K intervenant plus tard, ces résultats soutiendraient l’intérêt de la prise d’un supplément de L-Glutamine, en particulier juste après l’entraînement intense ou en période de restriction calorique, lorsque la glutamine intramusculaire et la charge des acides aminés essentiels (muscle, foie, intestins) sont aussi utilisés comme substrat de la glycogenèse hépatique (production de sucre dans le foie) et que la glutamine exogène pourrait épargner  BCAA/EAA « pro – anabolisant » (Holecek. 2002).

Synthèse de la L-Glutamine

Tableau 1: Synthèse de la glutamine (Self. 2004)

Le compte rendu de l’étude, ainsi que les conclusions de Candow et cie. qui signalent une augmentation assez négligeable de la masse maigre (+0,3%) et de la force avec 0.9g/kg avec supplémentation en L-Glutamine par rapport au contrôle (maltodextrine) et en l’absence de restrictions alimentaires, ne suggèrent pas encore que les effets de la glutamine ne peuvent être expliqués uniquement que sur la base de son contenu énergétique. Cela justifierait de nouvelles études sur le seuil des niveaux d’acides aminés essentiels (EAA) et de L-Glutamine optimales pour augmenter la synthèse des protéines musculaires in vivo et si oui ou non, une alimentation énergétiquement non restreinte à haute valeur protéique seule ne fournirait finalement pas assez de L-Glutamine et de substrats respectifs pour assurer sa production «sur demande»  (cf. figure 1).

Est-ce que vous vous entrainez suffisamment dur pour être « déficient en L-Glutamine » ?

L-Glutamine et transit intestinal

Image 3: Ce qui est sur le ventre est tout ce que vous mettez dans votre ventre, la L-Glutamine seule ne pourra probablement pas empêcher la transition hautement indésirable d’un peu de graisse en viande maigre. Avec un régime restreint en calories et bas en glucides, la supplémentation en L-Glutamine pourrait être une aide secourable qui épargnerait vos tissus, vous débarrasserait de l’ammoniac et vous aiderait à maintenir une bonne quantité de muscle.

C’est l’intensité de votre programme d’exercices qui sera peut-être le déterminant fondamental quant à savoir si vous avez ou n’avez pas besoin de L-Glutamine supplémentaire puisqu’une efficacité de la glutamine est bien établie lorsqu’elle est administrée par voie parentérale à des patients gravement malades. Comme c’est souvent le cas, l’inflammation semble être, une fois de plus, le déterminant fondamental, comme cela a été démontré dans le cas de l’augmentation de la libération nette de glutamine par les tissus périphériques tels que les muscles, les tissus centraux et des systèmes complexes comme le système immunitaire du foie (comme mentionné précédemment), de la rate et en cas de blessures (Soeters. 2012). Dans ce contexte, une ingestion de quantités supplémentaires de glutamine peut avoir un sens si cette dernière se faisait réellement pour la périphérie (muscles et système immunitaire) et n’était pas absorbée par les tissus énumérés comme « centraux » qui en ont réellement le plus besoin, un sujet qui repose aussi sur une quantité relativement complète de données scientifiques pour appuyer l’utilité de la L-Glutamine ainsi que de la L-Glutamine (di-) peptides tels que la L-Alanylglutamine (nom de marque Sustamine).

Ces dipeptides sont-ils tellement meilleurs ? Vous avez probablement entendu parler des effets « nettement supérieurs », « uniques », « incroyables » des dipeptides de L-Glutamine par rapport à la forme libre de la L-Glutamine classique. Et malgré le fait que je ne sois pas au courant d’études qui comparent l’un à l’autre dans un contexte pertinent et lié à l’exercice, ces déclarations reposent en fait sur une base logique. Après tout, le transport des peptides intacts par les transporteurs PEPT dans le tractus gastro-intestinal présente l’avantage majeur que les cellules de l’intestin ne profitent pas de la L-Glutamine pour elles-même avant qu’elle n’atteignent la circulation systémique (Adibi. 1997). Quelques puissent être ses effets exacts sur la synthèse des protéines – gramme pour gramme, les dipeptides seront donc plus efficaces que la L-Glutamine standard. Ce que vous devez garder à l’esprit, c’est que si vous obtenez à la fois de la L-Glutamine et de la L-Alanine de la Sustamine avec un rapport de ~ 3:0, les 40% d’alanine sont encore loin d’être inutiles. Au contraire, ils pourraient, pour eux-même et d’autres fonctions, exercer un effet d’économie sur les EAA et la glutamine puisque l’alanine est, avec les lactates et les pyruvates, le principal précurseur de la gluconéogénèse en cours d’exercice (Brooks. 1987).

Les deux études avec exercices liées à la glutamine par Hoffmann et cie, qui ont montré les effets bénéfiques d’une supplémentation de L-Alanylglutamine (AG) sur le stress d’hydratation pendant l’exercice d’endurance et la performance globale lors d’un match de basket-ball souffrent encore d’une lacune méthodologique non négligeable: dans les deux études, la solution AG a été comparée à de l’eau claire au lieu d’une solution d’hydrates de carbone isocalorique. Dans le contexte de la L-Glutamine et de la L-Alanine, ces acides aminés individuels dont le peptide est fait, sont les principaux substrats qui entraînent la néoglucogenèse hépatique. Il est au moins très douteux que les effets observés puissent ne pas avoir été atteints par du sucre de table ordinaire, puisque le temps d’épuisement au cours d’un stress d’hydratation léger (Hoffmann. 2010), la performance physique et le temps de réaction visuelle (Hoffnmann. 2012) sont sans aucun doute non liés avec les effets de mTOR observés dans leur étude par Chiu et cie.

Ceci pourrait donc justifier une étude longitudinale avec des athlètes entraînés aux exercices de résistance qui consomment une alimentation riche en protéines associé à un entraînement de la force et de volume élevé (> 3 séances par jour, le maximum que j’ai pu rencontrer dans les études publiées jusqu’ici), pour voir s’il est possible de bénéficier de la L-Glutamine supplémentaire… si vous suivez un régime, d’autre part, vous pourriez vous dire qu’il vaut mieux prévenir que de le regretter et ajouter un autre cuillère à café de L-Glutamine à vos BCAA 😉

Traduction pour Espace Corps Esprit Forme

Eric Mallet

Article SuppVersity original: New role for Glutamine in Protein Synthesis ?

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