Disons qu’avec la créatine ou le lactosérum, le Tribulus Terrestris est sans doute le composant naturel qui a le plus contribué à l’essor du marché du complément alimentaire destiné aux athlètes de la force. Une sorte de mythe s’est ensuite construit autour de ce végétal qui continue à attirer un grand nombre de sportifs car les fabricants jouent sur les chiffres et les informations controversées données par la recherche scientifique pour vendre du Tribulus Terrestris, encore et toujours plus.
La source de la légende provient d’un constat qui remonte aux années 1980 et qui a mis en évidence l’élévation des performances d’athlètes bulgares dans des épreuves olympiques de powerlifting et d’haltérophilie. Leur fameux Tribulus, probablement d’origine bulgare lui aussi et commercialisé sous le nom de Tribestan a prouvé sa capacité à produire une augmentation de la sécrétion de l’hormone lutéine, qui elle-même signale le départ d’une élévation de sécrétion de testostérone. Les effets terminaux du Tribestan auraient donc conduit à une élévation du taux de testostérone et d’oestradiol vérifiée9.
Le Tribulus Terrestris et d’autres végétaux connus pour leur influence sur le métabolisme hormonal (Mucuna Pruriens, Massularia Acuminate…) pourraient donc être assimilés à des secrétagogues, c’est-à-dire une classe de composants ayant la capacité d’élever la sécrétion hormonale, le plus souvent pour les hormones cibles comme la testostérone ou l’hormone de croissance. Ces secrétagogues sont connus depuis plusieurs décennies et la recherche a souvent cherché le moyen, avec ces substances, de potentialiser les effets des hormones en tant qu’alternative saine aux hormones artificiellement produites en laboratoire.
Concernant, l’hormone de croissance (Hgh), on sait qu’un ensemble d’acides aminés bien précis (souvent l’arginine, l’ornithine Hcl ou Kéto-glutarate (OKG)) donnent de bons résultats, permettant souvent de profiter d’un potentiel anticatabolisant appréciable et quantifiable (l’OKG est une forme d’ornithine (elle même cousin de l’arginine) souvent prescrit en hôpital pour contrer la perte musculaire chez les grands brûlés. On connaît d’ailleurs depuis peu, l’influence de peptides courts (souvent dipeptides) sur la sécrétion de l’Hgh, on les nomme GHRP, 2, 3 ou 6. Leur influence sur l’hormone de croissance est considérable et permet souvent un gain en masse musculaire assez conséquent. Dans ce cas, et même s’il s’agit d’un simple assemblage d’acides aminés, il est difficile de dire s’il s’agit encore de secrétagogues ou de substances pharmaceutiques classées comme dopantes.
Les secrétagogues de ce type (sous forme d’acides aminés ou d’extraits végétaux) ont donc un potentiel intéressant en termes de stimulateurs hormonaux mais il faut préciser que les résultats provenant d’expériences scientifiques permettant une élévation hormonale restant dans les normes physiologiques maximales généralement constatées chez l’homme. La recherche scientifique s’est par ailleurs intéressée aux secrétagogues pour tenter de trouver une solution thérapeutique dans le cadre de déficiences graves de la sécrétion de l’Hgh, le cas le plus grave étant le nanisme. Quant aux substances pharmaceutiques, elles créent une élévation supraphysiologique inquiétante avec les conséquences et les effets secondaires que l’on sait. Ce type de traitement pharmacologique produit un déséquilibre métabolique, l’organisme cherchera dès lors à retrouver l’équilibre (l’homéostase) par tous les moyens que la nature mettra à sa disposition, l’aromatisation (modification enzymatique des hormones mâles en oestrogènes) étant le mécanisme de défense du corps le plus connu parmi les athlètes ayant recours au dopage.
La prise de secrétagogues (GH Max d’Universal étant certainement le plus classique et le plus ancien d’entre eux) serait dès lors sans danger puisque l’augmentation ne dépasse jamais les limites physiologiques et ne crée donc pas d’effets rétroactifs ni de réactions violentes de la part de l’organisme. Les effets étant donc limités en quantité d’hormones libérées, les résultats seront eux aussi limités mais souvent visibles et appréciables à en croire les résultats donnés par certains d’entre eux (Powerfull d’USP Labs, Hgh Pro de Anabolic Innovation, Bullet Proof de Muscle Pharm…).
J’ajouterais que cette démarche de potentialisation hormonale est légitime à partir du moment où l’on sait que le taux d’hormones de croissance va diminuer après 30 ans, la testostérone restant à peu près stable jusqu’à plus de 60 ans par contre. Le cas du Tribulus, pour en revenir à notre sujet est donc un peu moins tranché dans le sens où les expériences cliniques de laboratoires ont prouvé à plusieurs reprises l’inefficacité de cette plante à promouvoir la libération de testostérone, les seuls effets notables du Tribulus Terrestris concernent une augmentation forte de la libido, même sur des rats castrés.
J’en viens donc à me poser cette question : soit le Tribestan bulgare est effectivement efficace en tant qu’ergogène (et androgène) et la variété de Tribulus bulgare est la seule à posséder cette caractéristique, soit, les athlètes bulgares ont utilisé d’autres substances (légales ou pas) pour produire de meilleures performances, le Tribulus pouvant jouer de son influence avec les autres substances. On pourrait également supposer qu’un ensemble de molécules bien précises puisse produire un effet déterminé, absent chez d’autres espèces proches de Tribulus puisque d’une composition et d’une provenance différentes. Certains éléments d’information me feraient plutôt pencher pour la première version comme nous allons le voir ci-dessous. D’une part, il existe plusieurs types de Tribulus Terrestris (ce qui veut dire que les concentrations en éléments actifs sont certainement uniques suivant l’origine) et d’autre part il existe plusieurs types de Tribulus, des Tribulus Aquaticus ou Alatus.
Ce dernier, le Tribulus Alatus, a fait l’objet de recherches scientifiques dernièrement1, c’est un type de Tribulus qui prolifère dans le Sahara et le Moyen Orient. Testé sur des rats en Egypte sur une quarantaine de jours, les mesures du taux de testostérone ont révélés quelques surprises aux chercheurs. En effet, il semblerait que ce type de testostérone contienne certaines substances possédant un effet pharmacologique notoire sur la sécrétion hormonale. Comme dans le cas du Tribulus Terrestris, ces substances sont certainement de nature stéroïde (l’espèce Terrestris contenant de la diosgénine et d’autres substances apparentées appartenant à la classe des saponines, eux-mêmes faisant partie de la classe chimique des stéroïdes, c’est-à-dire basées sur le schéma d’un stérol végétal). Pourtant, dans le cas du Tribulus Terrestris, l’augmentation supposée de l’hormone lutéine n’aboutit généralement pas à une augmentation de la testostérone mais sur une élévation de la libido alors que pour l’espèce Alatus, la testostérone augmente de manière très significative.
Tout ceci me ramène finalement dans mon domaine de recherche favori, concernant d’une part les stérols, les phytostérols et les antioxydants, notamment dans le cas du Massularia Acuminate qui, de son côté possède une activité ergogène reconnue par la science tout en possédant également une capacité antioxydante significative. J’en viens donc à la question qui est à la base de mes recherches sur ces molécules et qui est de déterminer si seuls les phytostérols actifs des extraits végétaux sont responsables des effets produits sur l’organisme humain où si ces mêmes phytostérols agissent avec les autres composants actifs de la plante ? Disons que c’est une question que l’on peut se poser pour n’importe quel végétal et plus particulièrement, concernant la classe des adaptogènes.
En rapport au Tribulus (Terrestris cette fois), un élément de réponse nous vient d’un complément commercialisé sous le nom de Mass Fx, lui-même distribué par la marque américaine Anabolic Xtreme2. Notons pour l’anecdote qu’USP Labs commercialise avec Prime, un autre type de Tribulus nommé Aquaticus. Ce dernier possède une activité antioxydante importante et il est peu probable que seul le second végétal (le Chebula Mirobolan) soit le seul responsable de la prise de poids créée par Prime.
Le cas de Mass Fx est donc d’autant plus intéressant qu’il nous renvoie au Tribulus Terrestris mais par une autre voie puisque Mass Fx agit à partir d’une substance appelée 25R-Diol en abrégé ou 3b, 5a, 6a, 25R-Spirotan-3,6-diol de son nom scientifique. Cette molécule se retrouve naturellement dans la Hyacinthe sauvage, d’autres plantes peut-être, ET le Tribulus Terrestris3. Voilà le nœud du problème. On pourrait parfaitement supposer que le Spirostane (en vous faisant grâce des positions moléculaires) joue un rôle crucial sur l’influence du Tribulus Terrestris à susciter un effet réel sur la sécrétion de testostérone par le biais de l’hormone lutéine (LH) ; c’est du moins l’hypothèse que j’avance mais cela reste à vérifier. Ce même Spirostane est lui-même connu des scientifiques sous le nom de Chlorogénine.
Donc, on sait qu’Anabolic Xtreme a extrait ce Spirostane (ou Chlorogénine) soit de la Hyacinthe, soit du Tribulus Terrestris. Cependant, on ne sait pas trop expliquer comment ce Spirostane agit pour provoquer l’anabolisme ou, tout du moins susciter une balance azotée positive, comme souvent avec les stérols, phytostérols et molécules associées. On sait que certaines d’entre elles exercent une activité quantifiable alors que d’autres ne le font pas, mais comment, on en sait rien ; c’est là le nœud du problème, soit par manque d’intérêt pour la recherche phytochimique, soit par manque de budget pour la recherche.
Selon les auteurs de l’article publié sur ergo-log.com, il existe une molécule proche du Spirostane nommé 25R 5alpha-spirostane (ou 2alpha,3beta,5alpha-triol 6-one pour citer les positions moléculaires) qui elle, a fait l’objet de recherches4. Les Russes vont jusqu’à affirmer que le Spirostane et dérivés ou les ecdystéroïdes (voire article correspondant sur Nutritest.fr) sont aussi performants que les stéroïdes anabolisants et dans certains cas, le sont plus encore ; ce qui, pour ma part, reste difficilement crédible mais je ne demande qu’à être étonné un jour. Toujours est-il que les testeurs de Mass Fx n’ont pas l’air convaincu5. Le Spirostane fait partie de la grande famille des saponines, tout comme le diosgénine du Tribulus mais des effets anabolisants réels n’ont toujours pas été démontrés comme probants et encore moins comme équivalent à des stéroïdes synthétiques, tant pour les phytostérols de ce genre que pour les ecdystéroïdes sur lesquels nous reviendront (sur Nutritest.fr). Dans le cas d’espèce du Spirostane, seul le métabolite 25R 5alpha semble posséder une activité anabolisante, ce que s’est bien gardé de dire la marque américaine.
J’en arrive finalement à la conclusion qu’il est probable qu’un certain type de Tribulus Terrestris soit effectivement actif sur le plan androgénique et qu’il puisse susciter un effet anabolisant sensible comme c’est sans doute le cas avec le cas du Tribulus bulgare commercialisé sous le nom de Tribestan. Le cas du Spirostane (ou Chlorogénine) nous laisse penser qu’un certain nombre de substances précises doit être présent dans une plante pour provoquer un effet anabolisant sensible.
Quant à cette chlorogénine, on connaît très bien les effets de l’acide qui en est dérivé, l’acide chlorogénique, proche de l’acide caféique dont il est un ester, et qui est couramment retrouvé dans le café noir. Il possède des caractéristiques antioxydantes potentiellement élevées, fongicides, bactéricides et antivirales7. On sait également que cet acide inhibe l’action délétère de certains esters qui pourraient jouer un rôle sur l’apparition des tumeurs. L’acide chlorogénique ralentit l’absorption du glucose, ce qui expliquerait sans doute l’effet digestif du café. En outre, si l’acide chlorogénique, proche de la chlorogénine possède une activité antioxydante notoire, tout comme le sont d’autres molécules couramment retrouvés dans différents extraits végétaux, on pourrait penser que d’autres antioxydants comme ceux du Tribulus Aquaticus (Celui de Prime d’USP Labs) recèle autre chose, ou du moins une molécule apparentée qui joue sur le métabolisme d’une manière ou du autre, même si on ne sait pas encore comment.
Pour revenir de cette digression intéressante, on peut supposer que c’est à partir du cas du Tribulus bulgare que le mythe du Tribulus s’est formé. Malheureusement, la grande majorité des Tribulus commercialisés ne sont pas de cette origine et ont donc peu de chance de provoquer l’effet attendu. Si le Tribulus a été fortement médiatisé, c’est sans doute beaucoup plus pour en vendre et faire perdurer les ventes que pour apporter un avantage réel aux consommateurs. Cependant, d’autres végétaux ont également cette faculté, notamment le Massularia Acuminate6 et peut-être d’autres encore. Puisque l’on sait que la structure de base des stéroïdes s’apparente aux stérols (d’où la nécessité d’une alimentation riche en acides gras essentiels pour fabriquer des hormones à partir du cholestérol chez l’homme), eux-mêmes dépendant de la structure de base des triterpènes (des molécules aromatiques communes à de nombreuses espèces de conifères)8, il est d’autant plus facile pour les entreprises commerciales d’entretenir la confusion. C’est d’autant plus vrai que le sportif lambda n’a aucune connaissance en biochimie. Si on lui parle de saponines en lui disant qu’il s’agit de stéroïdes végétaux (et donc d’une structure moléculaire ressemblant aux formes stéroïdiennes humaines), il y a de fortes chances qu’il avale les discours qu’on lui donne comme argent comptant même si l’on sait très bien qu’il y a aucune chance que le Tribulus Terrestris fasse de lui une masse de 110 kg de muscle, seulement rendue possible par des substances illégales et potentiellement dangereuses pour la santé.
La recherche nous dira sans doute ce qu’il en est dans un avenir proche qui verra sans doute l’apparition d’un Tribulus Alatus, de combinaisons de végétaux, de lignanes (Viridex, Arimedex) ou de peptides du type GHRP présenter un réel avantage athlétique et sportif, sans les effets secondaires épouvantables créés par les substances synthétiques que l’on sait.
9 Use of Tribestan on rams with sexual disorders http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/3629956
1 http://www.ergo-log.com/tribulusalatus.html
2 http://www.ergo-log.com/massfx.html
3 Presence of Chlorogenin beside the diosgenin and gitogenin in Tribulus Terrestris L. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/5757749
4 Experimental study of the anabolic activity of 6-ketoderivatives of certain natural sapogenins http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/1028596
Abstract : « It is shown that 6-ketoderivatives of natural sapogenins, viz. agigenin, diosgenin and alliogenin, display the anabolic activity and do not manifest any androgenic properties. The compoud IV/(25 R)-5alpha-spirostan-2alpha, 3beta, 5alpha-triol-6-OH/produces an accelerated gain of weight in rats, and also an increase in the weight of the liver, heart, kidneys, musculus tibiliasis anterior and augments the total amount of protein therein. All of the above-mentioned changes become more pronounced with the study substance introduced to young animals. Castration of sexually immature rats greatly mitigates the anabolic effect of the compound IV.
PMID: 1028596 [PubMed - indexed for MEDLINE]
5 http://www.supplementreviews.com/anabolic-xtreme/mass-fx
7 http://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_chlorogénique
6 Effect of Aqueous Extract of Massularia Accuminata Stem on Sexual Behaviour of Male Wistar Rats http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21253466
8 D’où la ressemblance moléculaire entre l’androsténédione qui est une prohormone alors que l’androsténone est une phéromone dégagée par l’homme et ressentie inconsciemment par les femmes. La fonction aromatique de l’androsténone proche de la structure basique de tous les stéroïdes, c’est à dire des triterpènes explique alors ce phénomène.


