Les effets anabolisants surprenants de l’Ajuga turkestanica

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Après un article résumant plus ou moins ce qui pouvait nous être utile en termes de récupération post-exercices après 40 ans, nous voici de retour dans le monde des végétaux. Je vous avais parlé d’un article beaucoup plus ésotérique que le sujet déjà traité. A vrai dire, le monde végétal est toujours plein de surprises. Dans ce domaine, la recherche scientifique nous étonne une fois de plus. Je vous laisse avec la traduction de l’article d’Ergo-log sur l’Ajuga turkestanica, un végétal dont j’ignorais l’existence avant d’avoir lu l’article… En réalité, la marque américaine Universal Nutrition propose déjà des compléments alimentaires contenant des ecdystéroïdes depuis des années et de la Turkestérone notamment, une des substances actives présentes dans ce végétal.

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Il existerait bien un noyau de vérité quant aux publicités hyperboliques pour le supplément E-Bol commercialisé par ThermoLife. E-Bol contient un extrait d’Ajuga turkestanica, un végétal bourré d’ecdystéroïdes. Il se trouve que de récentes études in vitro et chez l’animal ont montré que l’Ajuga turkestanica présentait effectivement un effet de renforcement musculaire.

L’Ajuga turkestanica et la sarcopénie

turkestérone stéroïdes végétauxLa Turkestérone [formule structurelle à droite] n’est pas un stéroïde anabolisant mais si l’on en croit de vieilles études russes sur l’animal, la turkestérone aurait un effet anabolisant plus prononcé que la méthandiénone, l’ingrédient actif de Dianabol. [Pharmaceutical Chemistry Journal Volume 34, Number 4 / April, 2000 193-197] On retrouve la Turkestérone dans l’Ajuga turkestanica, une plante apparentée à la menthe et qui pousse en Asie mineure.

turkestéroneC’est la raison pour laquelle les scientifiques du sport américains à la recherche de moyens pour traiter la faiblesse musculaire liée à l’âge – la sarcopénie – ont étudié l’effet de l’Ajuga turkestanica sur des vieilles souris. Leur étude a été publiée dans la revue scientifique peu connue European Review for Medical and Pharmacological Sciences.

Les Américains ont donné à leurs animaux de laboratoire un extrait d’Ajuga turkestanica mélangé à leur nourriture tous les jours pendant quatre semaines. L’équivalent humain de cette dose – basé sur une personne pesant 80 kg – serait de 400 mg d’extrait par jour. L’extrait contenait 40% d’ecdystéroïdes, la composition est indiquée ci-dessous.

ecdystéroïdes d'Ajuga turkestanica

À la fin de l’expérience, les chercheurs ont étudié les cellules musculaires du triceps de la souris et ils ont découvert que les ecdystéroïdes avaient activé le récepteur Notch. [Tableau ci-dessus] Lorsque ces substances activent les cellules souches via le récepteur Notch, les cellules souches se transforment en nouvelles cellules musculaires. [Science. 2003 Nov 28;302(5650):1575-7.]

Les chercheurs ont découvert que l’Ajuga turkestanica semblait également stimuler la croissance musculaire via la voie de signalisation Wnt.

Les chercheurs pensent que la sarcopénie survient à mesure que les voies Notch et Wnt disparaissent. « Il est possible que les altérations induites par le phytoecdystéroïde dans la signalisation Notch et Wnt permettront de mieux préparer les muscles squelettiques vieillissants à la réparation suite à une exposition à une lésion musculaire », ont conclu les Américains.

L’Ajuga turkestanica et la myostatine

Une autre étude sur les effets anabolisants d’Ajuga turkestanica a été publiée en 2012 dans Chinese Medicine, une revue scientifique un peu obscure. [Chinese Medicine, 2012, 3, 215-222.] Les chercheurs travaillaient pour PoliNat, une entreprise espagnole qui commercialise des extraits de végétaux contenant des substances actives – dont l’Ajuga Turkestanica.

Les chercheurs ont observé qu’à une concentration de 1 micromole des ecdystéroïdes de l’Ajuga turkestanica, les cellules musculaires commençait à synthétiser moins de myostatine. Les chercheurs ont répété l’expérience et ont exposé cette fois les cellules musculaires à 1 micromole de méthandiénone – la molécule active de Dianabol. Selon leurs résultats, les ecdystéroïdes se sont avérés être plus inhibiteurs de la myostatine que la méthandiénone.

ecdystéroïdes de l'Ajuga turkestanica contre méthandiénone

Mais…

Les études sur les animaux et les études in vitro ne sont évidemment pas des études sur l’homme. Ce qui fonctionne dans une boîte de Pétri ou chez une souris ne fonctionne pas automatiquement chez les humains. Pour cette seule raison, vous ne pouvez pas simplement extrapoler les résultats de cette étude aux êtres humains. Cependant, il existe un autre problème concernant ce végétal. La plupart des extraits d’Ajuga turkestanica disponibles sur le marché ne contiennent que 2% d’ecdystéroïdes. Donc, si vous pesez 80 kg, vous aurez besoin de 8 g d’extrait par jour. Et cela fait vraiment beaucoup…

La question que nous devrions nous poser sur ces suppléments serait donc elle-ci: contiennent-il suffisamment d’ecdystéroïdes pour présenter un effet ?

Traduction pour Espace Corps Esprit Forme

Eric Mallet

Source de l’article: The unusual anabolic effect of Ajuga turkestanica

Source Ergo-log: Eur Rev Med Pharmacol Sci. 2014;18(17):2584-92.

A propos de l'auteur

Passionné et pratiquant depuis plus de 20 ans, j'ai toujours porté un regard curieux sur le développement de la science des ergogènes et de la nutrition sportive. Diplômé des universités Lille 3 et Paris 7, je passe actuellement ma thèse en psychologie sur la question de la sublimation par la culture physique et la musculation. Espace Corps Esprit Forme est à considérer comme un blog de vulgarisation scientifique, destiné à aider le pratiquant tout en lui donnant des informations scientifiques utiles à sa pratique des sports de force.

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