L’étrange univers des Geeks et de la musculation

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Généralement, la mode attire les Geeks mais les modes changent et l’authenticité reste. Parler de mode, c’est parler d’inconstance, de flou, d’irrationnel, de changements, presque de chaos d’où s’organise (oxymore !) l’émergence de phénomènes souvent incompréhensibles en surface mais qui s’avèrent heureusement très fugaces…

Les modes changent avec de nouveaux clichés et de vaines espérances…

Marre des Geeks !

Marre des Geeks !

Et quand vous parcourez les allées d’un salon allemand bien connu et situé à Cologne en début d’avril, vous ne pouvez que constater l’incompréhensible affluence de jeunes boutonneux de 16 à 20 ans qui se pressent autour des allées et comptoirs des grandes marques de compléments alimentaires ou d’appareils de musculation et qui paraissent, paradoxalement, plutôt étrangers à cet univers de la force qu’ils méconnaissent totalement.

Clichés publicitaires rapidement avalés, volonté affichée de gagner du muscle rapidement, sans trop de méthode et encore moins de connaissances minimales des sports de la force, nos jeunes Geeks de 50 kilos tout mouillé pour 1,80 m en moyenne ne semblent pas trop réaliser ce qu’ils font sauf qu’ils succombent plutôt facilement aux promesses publicitaires et vains espoirs de ressembler un jour à leur idole, qu’ils se nomment Arnold Schwarzeneger, Phil Heath ou Ronnie Coleman…

Hélas, trois fois hélas, aucun d’entre eux ne réalise qu’un corps solidement construit ne se gagne pas en trois mois de fréquentation dilettante d’une salle de fitness quelconque, remplie de machines avenantes mais plus inefficaces les unes que les autres. Barres et haltères n’ont plus le même succès que d’autant, du moins à l’époque où j’avais commencé la musculation il y a de cela 26 ans. Non… décidément, quelque chose ne va pas ou ne va plus dans le monde de la fonte. Milieu autrefois réservé à quelques individus déterminés, adeptes de la méthode Weider, Delavier et d’autres grands noms qui ont fait notre sport, nos jeunes « amateurs » de la fonte se pressent dans les allées du FIBO en débardeurs flottants, très flottants, sans avoir peur du ridicule.

L’invasion des Geeks a commencé !

J'hallucine ! Je n'ai vu que des geeks cette année...

J’hallucine ! Je n’ai vu que des geeks cette année…

Un Geek est un terme emprunté au monde de l’informatique et des nouvelles technologies qui désignent le plus souvent un jeune passionné de jeux vidéos. A vrai dire, un Geek passe la majorité de son temps devant un écran et ne prête que peu d’attention à ce qu’il mange ou à ce qui existe en dehors de son ordinateur ou de sa console. Par extension, le Geek est un gamin qui ne pèse pas bien lourd (ou trop lourd) et qui s’oppose radicalement à l’archétype du bodybuilder moyen, passionné de fonte et de musculation.

Les Geeks sont souvent attirés par les clichés ou les accroches agressives des grandes marques du complément alimentaire dont ils ne connaissent pas les produits ni de quoi ils se composent. Considérant qu’un Gainer va les rapprocher instantanément de leur idole, ils consacrent une à deux heures par semaine à un entraînement de musculation incohérent ou totalement vide, chargé de mouvements d’isolation étranges et inefficaces. Ajoutons que ce qui reste de la presse française sur la musculation et les sports de force ne risque pas, à mon avis, de susciter beaucoup de vocations. Articles insipides et pages de pubs bariolées de Super Gainers et de formules magiques ne feront rien pour créer de nouveaux champions de la fonte. Décidément, tout se perd…

Oui, j’ai fait partie des Geeks moi aussi !

Les Geeks, tu m'en mets huit sur la presse à l'échauffement...

Les Geeks, tu m’en mets huit sur la presse à l’échauffement…

Pour ma part, j’ai aussi été Geek. A l’époque, le Commodore 64 et l’Amstrad 6128 (prononcez six mille cent vingt-huit) se livraient une concurrence farouche alors que l’Atari 2600 et la console Mattel étaient en voie de disparition. Aujourd’hui, ils ont tous passés l’arme à gauche mais je serais bien incapable de compter le nombre d’heures que j’ai pu passer sur mon Commodore à taper des centaines de lignes de codes qui n’aboutissaient finalement qu’à des syntax error et autres bugs incompréhensibles pour le jeune Geek que j’étais.

Un peu plus tard, mon statut de Geek a changé. J’ai quitté l’univers des ordinateurs 8 bits avec une certaine satisfaction pour me consacrer à la musculation. A l’époque, j’avais tout juste 18 ans. Déjà bien rodé au niveau sportif, j’avais commencé par la gymnastique à 6 ans, j’ai ensuite nagé en club pendant plusieurs années pour finir par une année d’athlétisme qui m’a laissé très peu de bons souvenirs et encore moins de bons résultats…

Mes débuts en musculation avec une bonne base d’exercices et un programme élaboré par un bodybuilder de compétition

J’ai commencé a pratiquer la musculation dans une petite salle sur deux étages à Mouscron en Belgique. J’ai eu la chance de profiter d’un véritable programme de musculation, établi avec soin par un champion d’Europe Wabba qui savait parfaitement ce qu’il faisait. Marc était un véritable personnage à lui tout seul. Il avait son franc parler, son caractère bien trempé et une gentillesse que personne ne pourra lui enlever. Avec le temps, on finit par regretter l’absence de ceux qui nous ont apporté autant.

T'aurais pas une formule magique ? C'est pour un Geek...

T’aurais pas une formule magique ? C’est pour un Geek…

Les programmes qu’il nous avait préparé étaient parfaitement adaptés au niveau de chacun et tout le monde progressait à son rythme. L’ambiance y était excellente, avec Yves, Christian, Ahmed – et son fameux sandwich au jambon mangé en douce avant une compétition à Verviers, Marco était en rage !! – Thierry, le bourreau de Béthune, Pompon et bien d’autres personnages remarquables que je n’ai jamais oublié. Après quelques années, Marc a investi dans une salle beaucoup plus grande, tout près d’une autre grande salle bien connue à Mouscron. Finalement, la salle s’est agrandie mais l’ambiance est restée la même; la fine équipe était toujours là pour déconner après l’entraînement.

Malheureusement, les temps ont bien changé. A notre époque où tout se commercialise n’importe comment avec n’importe quoi, des salles de musculation ou de pseudo-crossfit poussent un peu partout comme des champignons avec un nombre impressionnant de belles machines en toc ou en plastique mais avec toujours aussi peu de personnel qualifié. C’est pourtant de là que viendra le salut des Geeks !

Quand les Geeks peuvent aussi être sauvés !

Je ne vous parle pas spécialement du personnel des salles de musculation mais plus particulièrement des coachs ou entraîneurs personnels tels qu’on les nommaient de mon temps. Et s’il existe bien un domaine où la modernité a du bon, c’est bien à ce niveau qu’il faudra que vous en profitiez. En effet, les coachs sont qualifiés, ont de l’expérience des sports de force et savent vous faire un programme adapté à votre niveau. De cette manière, tout le monde, pour peu qu’il soit un peu persévérant, peut progresser en gagnant du muscle et de la force.

Adopter un Geek ?

Adopter un Geek ?

Sans encadrement comme je le vois souvent dans ma salle associative, les Geeks multiplient les erreurs, inventent des mouvements qui n’existent pas et me donnent chaque jour de quoi alimenter mon bêtisier. Si j’avais une caméra sous la main, j’en ferais des films pendant des heures. Bien encadré, il est plus simple de comprendre peu à peu quels sont les mouvements de musculation à pratiquer, de séparer le polyarticulaires des exercices d’isolation et de comprendre enfin pourquoi tel exercice sera plus efficace qu’un autre. Chose probable entre toutes, les coachs vont également vous initier aux exercices de barres et d’haltères car il existe peu de machines (à part les traditionnels bancs de tirage poulie haute pour le dos) qui peuvent remplacer ce matériel de base.

Pour conclure, je dirais que si vous voulez un jour dépasser le stade du Geek, c’est qu’il vous faudra un bon programme d’entraînement, que ce programme doit être adapté à votre cas personnel et que ce programme d’entraînement va évoluer avec le temps. Il vous faudra également étudier sérieusement l’alimentation sportive, la biomécanique et d’autres domaines scientifiques ainsi que de vous tenir au courant des avancées et dernières découvertes de la recherche scientifique tel que mon blog peut vous y aider. Mais de toutes les qualités qui vous aideront à ressembler à votre idole, la constance et la persévérance seront certainement les deux piliers qui vous feront vraiment avancer dans un domaine sportif où rien n’est acquis alors que tout reste à apprendre. D’ici là, je vous donne rendez-vous dans 25 ans, dans ma salle à Halluin pour voir si vous y serez encore mais d’ici là, n’oubliez pas de développer votre culture physique !

J’en profite pour souhaiter une très bonne année sportive et personnelle 2016 à tous, à Christian, à Yves, à Juanito, à Thierry, à Arnaud, à Rodrigue, à Romain, à Constant, à Julien, à Guy, à Michael, à Sylvain l’infatigable, à Francis, à Franck et à Jessica, à Laurent, à Andy, à Lionel, à Tri, à Vince, à Eric, à Jérôme, à Vincent et Lætitia (et à ses deux zouaves) et à tous ceux qui par leur détermination, ne baissent jamais les bras pour s’inventer sans cesse de nouveaux défis…

Eric Mallet

A propos de l'auteur

Passionné et pratiquant depuis plus de 20 ans, j'ai toujours porté un regard curieux sur le développement de la science des ergogènes et de la nutrition sportive. Diplômé des universités Lille 3 et Paris 7, je passe actuellement ma thèse en psychologie sur la question de la sublimation par la culture physique et la musculation. Espace Corps Esprit Forme est à considérer comme un blog de vulgarisation scientifique, destiné à aider le pratiquant tout en lui donnant des informations scientifiques utiles à sa pratique des sports de force.

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