Voici pourquoi les études à large échelle disent que les suppléments ne marchent pas

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Avec étonnement, nous pourrions dire que les personnes qui utilisent des suppléments présenteraient un mode de vie moins sain pour certains d’entre eux. Prendre un supplément leur ferait croire qu’ils sont invulnérables, et par conséquent, ils mangeraient moins sainement et feraient moins d’exercice. Les psychologues de l’Université de Taïwan auraient découvert pourquoi, dans des études épidémiologiques à grande échelle, les compléments alimentaires auraient souvent des effets peu ou pas positifs pour la santé.

Des espoirs déçus

De nombreux suppléments montrent des effets intéressants pour les études de laboratoire, mais concernant les études à grande échelle, ils ne semblent pas agir positivement sur la santé de leurs utilisateurs. Le Ginkgo biloba en est un bon exemple: il renforcerait les os, stimulerait la libido, désactiverait l’estradiol [J Steroid Biochem Mol Biol. 2006 Aug;100(4-5):167-76.] allongerait la longévité, réduirait la sarcopénie et bloquerait le cortisol. Un grand nombre de petites études ont également montré que le Ginkgo biloba pourrait retarder le vieillissement mental et protéger contre la démence.

Néanmoins, lorsque les épidémiologistes étudient de grands groupes de personnes pendant une période de temps prolongée, souvent, ils ne montrent pas de façon convaincante que le Ginkgo biloba réduirait la probabilité de démence. [Cochrane Database Syst Rev. 2009 Jan 21;(1): CD003120.] Une étude récente a même conclu que le Ginkgo est sans danger et qu’il aurait un effet positif mais que l’effet était si modeste qu’il ne pouvaient pas affirmer si ce végétal aidait vraiment à quoi que ce soit. [BMC Geriatr. 2010 Mar 17; 10:14.]

Les Taïwanais se sont alors tournés vers la psychologie dans leur quête d’une explication de l’absence d’effets épidémiologiques positifs évidents des suppléments. Ils ont effectué deux expériences psychologiques.

Des études psychologiques sur les suppléments nutritionnels

La première expérience impliquait 82 sujets, âgés entre 18 et 46 ans. Ils devaient tous prendre une pilule. Certains sujets ont été informés qu’ils recevaient un multi-vitamines, les autres sujets ont su qu’ils recevaient une pilule ne contenant aucun ingrédient actif. Ensuite, les chercheurs ont demandé aux sujets de l’expérience à quel point ils se sentaient vulnérable ou invulnérable . Ils ont découvert que les sujets qui pensaient avoir reçu des vitamines et des minéraux étaient plus susceptibles de croire qu’ils ne tomberaient pas facilement malade. Selon les chercheurs, les suppléments donneraient aux gens une impression d’«invulnérabilité illusoire».

études sur les suppléments et compléments alimentaires, donnent-ils une impression d'invulnérabilité ?

 

Ainsi, lorsque les chercheurs ont laissé leurs sujets choisir entre un repas sain de produits biologiques ou un buffet contenant de la nourriture certainement riche en calories, avec des sucres et des graisses trans, ceux qui croyaient avoir pris des vitamines ont sélectionné le buffet malsain le plus souvent.

La seconde étude de nature psychologique

Pour leur deuxième expérience, les Taïwanais ont utilisé 68 étudiants, qui ont également reçu une pilule. A certains d’entre eux, ont a dit qu’elle ne contenait rien, aux autres, ont leur a dit qu’elle contenait des vitamines et des minéraux. Après avoir pris la pilule, les sujets devaient marcher mais on les a laissé décider eux-mêmes de la distance et de la durée de l’exercice. Les chercheurs ont observé que les sujets qui pensaient avoir pris des vitamines et des minéraux ont marché moins loin.

Le tableau ci-dessous résume les résultats.

expérience de marche en fonction de la prise ou non d'une pilule ou d'un placebo

 

Conclusion

«Les gens qui comptent sur les compléments alimentaires pour protéger leur santé pourraient sans doute payer un prix caché: la malédiction de l’auto-indulgence », vont en conclure les Taïwanais. « Les interventions politiques qui rappellent l’utilité de contrôler cet effet de licence pourrait aider à convertir une prise accrue de compléments alimentaires en amélioration de la santé publique. »

Source de l’article: Why big studies say supplements don’t work

Source Ergo-log: Psychol Sci. 2011 Aug;22(8):1081-6.

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NdT: Cette étude nous rappelle bien évidemment qu’il est inutile de mettre la charrue avant les bœufs et qu’un complément alimentaire est inutile si vous ne faites pas un minimum d’efforts en commençant par manger sainement. Comme le rappelle souvent les autorités de santé, un complément n’a pas d’effet préventif ni curatif sur la maladie. Par exemple, la vitamine D n’empêche pas le rhume ni la grippe mais elle contribue à la santé du système immunitaire; ce sont deux choses totalement différentes.

Dans le cadre des ergogènes, rappelons également que seules la caféine et la créatine ont prouvé leur efficacité depuis longtemps mais ça ne veut pas dire pour autant qu’ils vous aideront à accomplir des performances phénoménales. Dans ce cadre, prenez du recul; autant par rapport aux études publiées que par rapport à votre propre expérience et à l’évolution de vos performances sportives. Ainsi, la raison et le bon sens vous aideront à y voir plus clair.

Eric Mallet

 

A propos de l'auteur

Passionné et pratiquant depuis plus de 20 ans, j'ai toujours porté un regard curieux sur le développement de la science des ergogènes et de la nutrition sportive. Diplômé des universités Lille 3 et Paris 7, je passe actuellement ma thèse en psychologie sur la question de la sublimation par la culture physique et la musculation. Espace Corps Esprit Forme est à considérer comme un blog de vulgarisation scientifique, destiné à aider le pratiquant tout en lui donnant des informations scientifiques utiles à sa pratique des sports de force.

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