Vitafoods 2018, le premier salon de l’agroalimentaire prend de l’ampleur avec la nutrition sportive

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vitafoods-2018Après ma première visite au Vitafoods en 2016, j’ai pu constater que la vitalité du marché de l’agro-alimentaire et incidemment, celui de la nutrition sportive, étaient vraiment impressionnante. En arrivant à Genève pour cette édition du Vitafoods 2018, je ne m’attendais pas à une évolution aussi hors-norme. En comparaison, la surface du salon avait certainement gagné une large moitié supplémentaire en l’espace de deux ans. Et comme en 2016, rendez-vous était donné avec Harvey Capitaneo pour une nouvelle visite du Vitafoods. J’étais vraiment impatient d’y être et une fois sur place, impossible d’en ressortir déçu.

Le Vitafoods 2018, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est un des salons les plus importants de l’agroalimentaire, de l’alimentation et de la nutrition au monde. De grandes entreprises venues des quatre coins du globe se donnent rendez-vous à Genève tous les ans pour nous faire part de l’évolution du marché de l’agroalimentaire et de l’alimentation de demain. Incidemment, le Vitafoods concerne également le marché de la nutrition sportive puisque toutes les marques de compléments alimentaires se fournissent auprès de ces grandes (et moins grandes) entreprises qui réalisent tous les ans des milliards de dollars de chiffre d’affaires au niveau mondial. Naturellement, le Vitafoods 2018 est un marché de professionnels, réservé aux professionnels. Nous sommes loin de l’ambiance des FIBO, Body Fitness et autres Arnold Classic. Le contexte est évidemment bien différent. Pour ma part, j’ai essayé de mettre au maximum à profit mes deux jours de visite.

Le Vitafoods 2018 présente les nouvelles perspectives commerciales sur l’alimentation de demain, soutenue par l’évolution scientifique

vitafoods-2018-exposantsSur le plan de l’évolution du marché, j’étais totalement satisfait. La plupart des explications données par les exposants sur l’intérêt de leurs produits et l’application des recherches sont satisfaisantes. Sur le plan purement scientifique par contre, j’étais un peu déçu car j’ai parfois eu l’occasion de poser des questions précises sur telles ou telles molécules sans recevoir d’argumentations scientifiques suffisamment exhaustives à mon goût.

Le Vitafoods 2018 est un salon spécialisé de haut niveau pour les consultants et entreprises à la recherche des innovations du marché mais les chercheurs et responsables scientifiques à la source de l’innovation agroalimentaire ou de la nutrition sportive ne sont pas forcément présents à Genève. De toute évidence, ce n’est pas l’objet premier du Vitafoods et c’est tout à fait compréhensible. De mon côté, je n’allais pas visiter ce Vitafoods 2018 comme si je me rendais en séminaire ou en conférence mais j’aurais parfois aimé discuter de science de manière plus approfondie. C’est bien la seule note de déception personnelle que je pourrais évoquer. Pour le reste, je vous laisse cette année comme en 2016, avec mon interview d’Harvey Capitaneo, trader dans l’agroalimentaire, et que je remercie à nouveau pour son invitation.

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vitafoods-2018Eric Mallet: Par rapport à l’édition 2016 du salon, ce Vitafoods 2018 semble avoir littéralement explosé en termes de produits présentés et d’exposants présents. Quels sont d’après-vous, les raisons d’une évolution aussi rapide ?

Harvey C.: Le marché des nutraceuticals est estimé à 578 milliards en 2025 avec une progression de 8.8% annuelle. Donc, nous sommes sur une très grande dynamique soutenue par des pays émergeants (Chine & Inde) qui sont à plus de 11% de progression annuelle.

Eric Mallet: Est-ce que des grandes entreprises (ou plus petites) ou suscité votre intérêt au cours de ce salon et pour quelles raisons ?

Harvey C.: Les grandes entreprises commencent de plus en plus à se concentrer et à diversifier les qualités des produits ‘standards‘ comme la Whey en développant des produits de plus en plus ‘Ready to Use’, c’est-à-dire souvent prêt à l’emploi pour les façonneurs. Par rapport à 2016, le marché des enzymes & probiotiques s’est installé. Pour les plus petites entreprises, on peut non seulement remarquer le développement toujours plus pointus quant à la spécification des enzymes et des probiotiques, on peut même parler pour certaines de spécialisation. Comme le marché futur se dirige vers la personnalisation alimentaire en passant par la personnalisation des probiotiques, l’intérêt de s’informer est vital si on veut prendre le virage de la personnalisation et sortir de la supplémentation standard.

vitafoods-2018-branding-marketingEric Mallet: Par rapport à l’année 2016, j’ai eu l’impression que la part du marché consacré à la nutrition sportive et aux nutraceutiques a très nettement augmenté. D’après-vous, quelles en seraient les raisons ?

Harvey C.: Oui, je crois que ce marché n’est en réalité qu’au début; les gens sont à la recherche de plus en plus de performances et pas seulement de « santé ». L’augmentation du nombre des fitness offrant un accès facile à un bas prix est le moteur du marché, tout comme l’augmentation de l’obésité dans les pays industrialisés.

Eric Mallet: On assiste également à de nombreux investissements en Chine et en Asie en général. Pensez-vous que la Chine puisse être un porteur d’innovation de qualité en termes de nutrition sportive dans un proche avenir ou souffriront-ils encore longtemps d’une mauvaise réputation sur la marché européen et américain ?

Harvey C.: Non seulement je pense que la Chine à un rôle à jouer mais que c’est aussi un des pays leader et qu’ils risquent bien de venir se placer dans le Top 2 des leaders et ceci à court terme. La Chine en est à un tournant qu’elle est en train de réussir. En 2017, la Chine à fermé plus de 300 usines qui n’étaient pas aux normes. Elle est en train de moderniser ses usines à grande vitesse mais elle est aussi un des pays faisant le plus de recherche. A termes, elle sera le pays leader avec les USA…

vitafoods-2018-lactalisEric Mallet: Par leurs poids en termes de chiffre d’affaires, les français restent sans doute incontournables. Cependant, j’ai eu l’impression que l’on assistait plutôt à du sur-place qu’à de l’innovation ou de la qualité. A l’opposé, les exposants belges semblaient cette année très bien représentés. Seraient-ce seulement une question de logistique ou de véritable implantation d’entreprises belges performantes sur le marché ?

Harvey C.: Les français ont des point forts dans les produits laitiers mais aussi dan les protéines végétales. D’ailleurs, le gouvernement français a introduit une détaxe pour les fabricants de protéines végétales. Ils sont aussi très bien placés pour ce qui est des enzymes. Là ou ça pêche un peu, c’est dans la façon de se vendre et se présenter. On voit quand même dans ce salon des stands comme Lactalis qui font 7 m2 alors que Lactalis annonce un revenu de 18 milliards et un peu plus loin, on voit des sociétés qui ne font même pas 100 millions sur des stands de 100 m2 !! Pour ce qui est des belges, ils sont historiquement toujours bien placés et leur savoir-faire est au top. Ils ont été les premiers en Europe à créer un système de zone économique spéciale pour accueillir les premiers suppléments américains consacrés à la nutrition sportive.

vitafoods2018Eric Mallet: Certains produits phare comme la protéine de lactosérum, les Oméga 3 ou les acides aminés (BCAA…) représentent toujours une part importante du marché. Pourtant, l’innovation semble être ailleurs cette année. Par exemple, nous avions discuté avec le fabricant de Citicoline ou de la Kre Alkalyn qui proposera une nouvelle forme de protéine avec enzymes. Quelle est votre avis sur cette nouvelle orientation ?

Harvey C.: Les techniques de filtrages sont de plus en plus performantes. La plupart des clients lambda s’arrêtent à une Whey laitière ou fromagère alors que certaines fromagères sont de meilleure qualité que certaine laitières… Maintenant, on parle de filtration à ultra son ou au plasma, avec des whey « enzymères » issues de filtrations de dernières générations. C’est aussi à cela que l’on reconnait le savoir-faire des marques… ou pas.

Eric Mallet: Personnellement, j’étais très satisfait d’écouter plusieurs conférenciers sur le salon. C’est sans doute la preuve qu’il existe un besoin important d’informer les professionnels du secteur. De là, pensez-vous que les acteurs du marché – ainsi que les consommateurs – soient suffisamment informés en termes de nutrition et de l’impact que celle-ci génère sur leur santé ?

vitafoods-molecule-3DHarvey C.: Je pense que les consommateurs prennent de plus en plus conscience que certains suppléments, s’ils ne sont pas de qualité seront globalement inutiles. Les vrais professionnels eux, regardent le marché à 2-3 ans en avance et avec la nutrition personnalisée, les façonneurs vont énormément changer les choses. De là, beaucoup de marques vont souffrir car ce qu’il faut comprendre, c’est que 95% des marques sont produites par des amateurs qui se font guider par des façonneurs qui leur suggère des produits.

De cette manière, comprendre l’ère de l’épigénétique et de la nutrition personnalisée va demander des compétence que beaucoup n’ont pas… il y a quelques semaines une marque a fait de la publicité pour une Whey en disant que cette protéine améliorait les performances. Ce genre d’ineptie, dans un futur proche fera rire la plupart des consommateurs. En tout cas, cela fait rire les professionnels.

Eric Mallet: Pour donner le mot de la fin sur le Vitafoods 2018, quels sont vos attentes en termes de d’innovations produit ou d’évolution du marché dans un futur proche ?

Harvey C.: Je me concentre surtout sur « comment sera le marché dans 5 ans ». Donc pour ma part, la corrélation ADN/Nutrition sera une thématique future que tous auront intégré, tout comme l’aide du digital pour intégrer les macros et je ne veux pas louper le virage. Les marques qui louperont ces “virages” auront de la peine à survivre car entrer chez un façonneur c’est facile, mais là, même les façonneurs ne pourront aider sur ces sujets…

A nouveau, merci à Harvey d’avoir répondu à mes questions durant ce Vitafoods 2018 où l’avenir des nutraceutiques et de la nutrition sportive s’avère passionnant.

Eric Mallet

A propos de l'auteur

Passionné et pratiquant depuis plus de 20 ans, j'ai toujours porté un regard curieux sur le développement de la science des ergogènes et de la nutrition sportive. Diplômé des universités Lille 3 et Paris 7, je passe actuellement ma thèse en psychologie sur la question de la sublimation par la culture physique et la musculation. Espace Corps Esprit Forme est à considérer comme un blog de vulgarisation scientifique, destiné à aider le pratiquant tout en lui donnant des informations scientifiques utiles à sa pratique des sports de force.

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