L’effet anti-catabolique de la glycine

La plupart des fabricants d’aliments ou de compléments alimentaires pour sportifs ne font rien avec l’acide aminé glycine. Pour eux, la glycine est au mieux un agent de remplissage trop onéreux. Mais cette image n’est pas justifiée, selon une étude animale que des physiologistes de l’Université de Melbourne ont publiée dans Clinical Nutrition. Selon leur étude, la glycine présenterait un effet anti-catabolique.

La Glycine soutient plusieurs fonctions essentielles de l’organisme

Le tableau ci-dessous résume ce que nous savons sur la façon dont le corps humain métabolise la glycine. La glycine sert de matière première pour les sels biliaires, les purines, le glutathion et même le glucose. Elle peut aussi être créée à partir d’autres acides aminés.

glycine-fonctions

Effet sans doute moins connu, la glycine inhibe les processus inflammatoires [Curr Opin Clin Nutr Metab Care. 2003 Mar;6(2):229-40.] et protège le tissu musculaire lorsque la circulation sanguine faiblit. En raison de ces effets, le chercheur australien, Daniel Ham s’est demandé si la glycine pouvait aider à combattre la cachexie : les processus cataboliques qui surviennent dans les formes avancées de cancer. Si c’était le cas, la glycine pourrait être considérée comme un anti-catabolique.

L’étude sur la glycine et des cellules cancéreuses

Daniel Ham a injecté des cellules tumorales agressives à des souris. Puis il leur a administré des injections quotidiennes de glycine. La glycine est facilement absorbée par voie orale, de sorte qu’il est possible de la mélanger à de la nourriture. Mais Ham a utilisé des injections pour contourner le problème de la baisse d’appétit due au cancer. La dose quotidienne était de 1 gramme de glycine par kg de poids corporel. Pour un homme adulte, le dosage s’élèverait entre 7 à 10 grammes de glycine par jour.

Les résultats de l’étude

L’administration de glycine a protégé la masse musculaire de la dégradation tout en empêchant une diminution de la force musculaire. C’est ce que Daniel Ham a observé après trois semaines.

glycine-anti-catabolique

La supplémentation en glycine a inhibé l’activité des gènes cataboliques tels que l’Atrogin-1 dans les muscles.

Ham a répété ses expériences avec les acides aminés L-Alanine et L-Citrulline. Ceux-ci n’offraient aucune protection aux muscles. La glycine a également inhibé la croissance des tumeurs mais aucun des autres acides aminés n’a eu cet effet. La citrulline a en fait accéléré la croissance de la tumeur.

glycine-acide-amine-anti-catabolique

Conclusion de l’étude sur le potentiel anti-catabolique de la glycine

“Quel que soit le mécanisme spécifique qui a lieu ici, la glycine représente un traitement potentiel de la cachexie cancéreuse, soit isolément, soit en combinaison avec d’autres nutriments “. C’est ce que concluent les chercheurs. “La glycine offre une protection contre la réduction de la taille et de la fonction des muscles squelettiques induite par le cancer. Elle réduit le fardeau oxydatif et inflammatoire, réduit l’expression des gènes associés à la dégradation des protéines musculaires dans la cachexie du cancer”.

Il est possible que la glycine ait des effets similaires chez les athlètes. Les formules de pré-entraînement contenant – par exemple – de la glycine et des BCAA pourraient s’avérer intéressants pour la progression des culturistes.

Source de l’article: The anticatabolic effect of glycine

Source Ergo-log: Clin Nutr. 2014 Jun;33(3):448-58.

Traduction pour Espace Corps Esprit Forme,

Eric Mallet

En savoir plus »
Aucun commentaire

Le Pull Over, pas terrible pour les pecs mais un peu mieux pour les triceps

pull-overLes culturistes et autres fans de fitness qui font des pull-overs dans l’optique de développer leurs pectoraux perdraient plutôt leur temps. Des chercheurs brésiliens de l’Université fédérale de Lavras en sont arrivés à cette conclusion après avoir comparé le développé couché au pull over. Ils nous disent que le bench press est un exercice nettement plus efficace pour le haut du corps que le pull over.

L’étude scientifique sur le Pull Over

Les chercheurs ont demandé à 12 athlètes de force expérimentés d’effectuer des exercices de bench press et de pull over. Les Brésiliens avaient fixé des électrodes aux muscles de leurs sujets pour qu’ils puissent mesurer à quel point les groupes musculaires travaillaient.

Les résultats de l’étude

Le bench press a mieux stimulé les deux parties des muscles de la cage thoracique que le pull-over et a également mieux stimulé les deltoïdes antérieurs. Les valeurs sur l’axe Y sont exprimées en microvolts.

pull-over-bench-press

 

Le pull over, par contre, s’est révélé être un meilleur exercice pour les dorsaux et les triceps que le développé couché. Le pull over a créé une stimulation légère des grands dorsaux mais le triceps a été considérablement stimulé. Ainsi, les culturistes pourraient même utiliser les pull-overs pour exercer leurs triceps (!).

pull-over-developpe-couche

Conclusion

Les chercheurs ne rejettent pas l’exercice du pull-over, admettant qu’ils soit utile dans certains cas. “Le pull-over serait un bon exercice de transition entre les parties antérieures et postérieures du corps”, écrivent-ils. “Quand à l’intérêt du pull-over dans les programmes d’entraînement, nous suggérons qu’il soit appliqué dans le cadre du travail des muscles agonistes/antagonistes afin de tirer profit du potentiel de transition offert par cet exercice.” (Note EM: Autrement dit, on pourrait très bien envisager le pull over comme un exercice de PAP de transition pour les biceps.)

“Dans le sport, le pull over peut généralement être prescrit dans le cadre de l’entraînement de force pour les athlètes dans de nombreuses modalités sportives, à la fois pour l’amélioration des performances, le renforcement de la force et de la puissance, et pour la prévention des blessures qui peuvent résulter de mouvements répétitifs au-dessus de l’épaule.

“Dans de telles situations, l’articulation gléno-humérale est souvent sollicitée en raison du degré de spécificité de l’exercice qui est très similaire aux mouvements de service et de smash en volley-ball, de service au tennis et de lancer en baseball, pour ne citer que quelques exemples.”

Source de l’article: Pullovers: bad exercise for the pecs, but good for the triceps

Source Ergo-log: Motriz: Revista de Educacao Fisica, Rio Claro, v20 n2, 200-205, Apr/Jun, 2014.

Traduction pour Espace Corps Esprit Forme,

Eric Mallet

En savoir plus »
2 Commentaires

Quorn, une alternative de protéine végétale, est-il meilleur que les protéines de lait pour stimuler la croissance musculaire ?

quornPour ceux qui s’impliquent dans le bodybuilding, le substitut de viande Quorn pourrait être une meilleure source de construction musculaire que les protéines de lait classiques. Honnêtement, nous avons du mal à le croire mais c’est ce que les chercheurs de l’Université d’Exeter ont déclaré le 3 juillet 2019 lors de la conférence annuelle du Collège européen des sciences du sport à Prague.

Une étude humaine sur Quorn, le substitut végétal aux protéines animales

Nous ne pouvons pas vous donner beaucoup de détails sur l’étude mais nous pouvons vous présenter les généralités que l’Université d’Exeter a rendues publiques dans un communiqué de presse. Selon ce dernier, les Britanniques ont réalisé une expérience avec 20 jeunes athlètes qui suivaient un entraînement de résistance depuis un certain temps. Lorsqu’ils prenaient des protéines de lait, la synthèse des protéines augmentait de 60 %. Quand ils prenaient Quorn, la synthèse des protéines augmentait de plus de 120%.

“Ces résultats sont très encourageants si l’on considère l’envie de certaines personnes de consommer des sources de protéines d’origine non animale afin de soutenir la masse musculaire à l’entraînement “, déclara le chercheur Benjamin Wall de l’Université d’Exeter.

“Nos données montrent que les mycoprotéines peuvent stimuler la croissance musculaire dans les heures qui suivent l’exercice par rapport à une protéine de comparaison animale typique (protéine de lait) – nous avons hâte de voir si ces résultats mécanistes se traduiront par des études sur des entraînements à long terme pour diverses populations.”

fusarium-venenatum-mycoproteine

Précisons que Wall et ses collègues travaillent de près avec le fabricant de Quorn depuis des années. Quorn a financé l’étude.

Quorn

Quorn est un produit de Marlow Foods, une entreprise alimentaire du Buckinghamshire au Royaume-Uni. En 1967, des chercheurs de Marlow avaient découvert un champignon dans un champ à l’extérieur du bâtiment de l’entreprise. Ce champignon est maintenant connu sous le nom de Fusarium venenatum souche PTA684.

Dans les années 1960, des scientifiques britanniques recherchaient d’autres moyens de produire des protéines de haute qualité. Ils ont examiné 3000 champignons présents dans le sol. Ils ont découvert que le Fusarium venenatum était un très bon producteur de protéines comestibles. Pour produire un gramme de protéines, vous n’avez besoin que de 10% des ressources nécessaires pour produire un gramme de protéines de poulet.

Des réactions allergiques éventuelles

Quorn a fait son entrée sur le marché en 1985 en tant qu’alternative écologique et végétalienne aux protéines animales. Tout le monde n’était pas – et n’est pas – enthousiaste à ce sujet. Les chercheurs du Center for Science in Public Interest aux États-Unis ont d’ailleurs publié l’an dernier une autre étude où ils avaient analysé 1752 cas de personnes qui avaient fait une réaction allergique à Quorn. [Ann Allergiy Asthma Immunol. 2018 Jun;120(6):626-30.]

En outre, il y a eu plusieurs centaines de cas extrêmement graves et un décès. Les Américains ont conclu que “l’acceptation dans l’approvisionnement alimentaire ou cet ingrédient non essentiel mérite d’être reconsidéré”. Cependant, il est à noter que les cas étudiés ont été rapportés sur un site Web explicitement destiné aux consommateurs qui avaient rencontré des problèmes avec Quorn. La fiabilité de ces données fait l’objet de discussions. Les Britanniques pensent que les risques lés à Quorn sont très faibles. [Curr Dev Nutr. 2019 Apr 4;3(6):nzz021.] {Note EM: Si vous vous savez allergique aux champignons, ne prenaient pas de Quorn.}

Les valeurs nutritionnelles de Quorn

Sur le papier, la valeur nutritionnelle de l’aliment végétal est excellente. La protéine se compose de 41% d’acides aminés essentiels, tout comme la protéine de la spiruline. D’autre part, la protéine de lactosérum se compose de 52% d’acides aminés essentiels.

quorn-composition

En 2017, des chercheurs britanniques ont publié une étude humaine dans laquelle ils ont donné Quorn à 10 hommes puis enregistré l’apparition des acides aminés de la protéine fongique dans leur sang. [Br J Nutr. 2017 Nov;118(9):673-85.] Ils ont découvert que Quorn est une protéine “lente” qui libère progressivement ses acides aminés dans l’organisme après ingestion. C’est peut-être parce que Quorn contient beaucoup de fibres comme les bêta-glucanes et la chitine, qui ralentissent la digestion.

Source de l’article: Is Quorn a better muscle builder than milk protein?

Source Ergo-log: ScienceDaily.com, July 3, 2019.

Traduction pour Espace Corps Esprit Forme,

Eric Mallet

En savoir plus »
Aucun commentaire

Comprendre la Croissance Musculaire: Comprendre la “Big T” ou comment la Testostérone programme les cellules souches à devenir des cellules musculaires…

J’ai pu enfin prendre un peu de temps pour traduire la suite des articles “Intermittent Thoughts on Building Muscle” du blog SuppVersity dont je vous recommande fortement la lecture si vous lisez l’anglais. A nouveau, je vous rappelle que mon blog Espace Corps Esprit Forme ne fait pas la promotion de substances pharmaceutiques détournées de leur usage thérapeutique et que ces articles ne sont traduits qu’à titre d’information. Je vous recommande d’ailleurs tout particulièrement de bien retenir ce qui expliqué ici par Adel Moussa. Je me suis servi en partie des informations données par cet article pour développer la formule de Virilis V1 pour Yam Nutrition afin de créer un complément “testostérone” qui vous serve vraiment à quelque chose. J’aurais l’occasion d’en reparler par la suite. Quant aux autres articles de cette série, ils sont disponibles sur le blog. Il vous suffit d’utiliser l’onglet de recherche en bas à gauche – avec les mots clé “comprendre la croissance musculaire” pour les lire.

Eric Mallet

——————————–

testosterone

Image 1: Résumé graphique des fonctions probablement les mieux connues de la testostérone…

Dans les deux derniers épisodes des articles “Comprendre la Croissance Musculaire”, j’ai essayé de vous donner une perception réaliste de ce que sont exactement les effets des niveaux physiologiques supra (c’est-à-dire ci-dessous) et super (c’est-à-dire au-dessus) (c’est-à-dire qu’ils sont considérés comme “normaux” en ce sens qu’ils représentent la “moyenne” pour les hommes) de testostérone sur la composition du corps humain. Avec ce nouvel article de la série, je vais maintenant vous fournir plus d’informations sur les fondements moléculaires “exacts” par lesquels la testostérone agit sur la construction musculaire et la “magie” de la combustion des graisses. Une chose est cependant liée aux données que j’ai présentées dans les articles précédents; je tiens à le souligner une fois de plus : L’utilisation d’un énanthate de testostérone dans l’étude de Bhasin rend très difficile l’utilisation des données à des fins de pronostics concernant les résultats que vous pourriez constater lorsque vous utilisez des suppléments naturels (ou non-naturels) pour augmenter la production endogène (celle de vos testicules) de testostérone. Et bien qu’il y ait certainement des douzaines de facteurs qui empêcheraient les déductions respectives, je n’aborderai que trois facteurs car je pense qu’il s’agit des plus importants.

Ici, il y a trois choses à retenir, lorsque vous interprétez les données provenant du dernier article:

  1. Avec l’énanthate de testostérone ayant une demi-vie d’environ 4-5 jours, les taux de testostérone, qui, dans l’étude de Bhasin, ont été mesurés le 7e jour après l’injection, ne représentent que <50% du reste des taux de testostérone que nous verrions dans les 24 heures après injection.
testosterone-enanthate

Tableau 1: Taux hypothétiques de testostérone sérique présentés au cours des sept premiers jours suivant l’injection de testostérone endogène (bleu) par rapport au rythme diurne régulier (vert) et les taux en réponse à un booster naturel assez puissant (+70%) de testostérone (rouge ; toutes les données ont une valeur indicative, seulement)

Bien que les données du tableau 1 ne soient évidemment pas basées sur des données expérimentales “réelles”, j’espère qu’en jetant un bref coup d’œil sur les ratios des aires sous la courbe du taux “normal” de testostérone présentant une variation journalière de +- 40% (en vert), de l’augmentation maximale de + 70% du taux de testostérone donnée par un “booster” (en rouge) et d’une injection d’énanthate de testostérone (en bleu), que chacun d’entre vous comprendra que les effets de “construction musculaire / combustion des graisses” d’une augmentation de +70 % de la testostérone, quel que soit le produit en vente libre que vous prenez, peuvent difficilement se comparer à la testostérone injectable.

shbg

La SHBG

2. Un autre aspect à prendre en compte est l’absence de réponse à la Sex Hormone Binding Globuline (SHBG ou Globuline de Liaison aux Hormones Sexuelles en français) dans l’étude de Bhasin, ce qui explique que les augmentations relatives de la testostérone liée et libre (= non liée et prétendument “active”) étaient identiques. Cela peut être le cas, mais ne doit pas nécessairement l’être lorsque vous augmentez votre taux de testostérone “naturellement”. En cela, l’aromatisation de la testostérone en œstrogènes apparaît comme l’un des corrélats majeurs (je ne parle pas délibérément de “causalité” dans ce contexte) des augmentations de la SHBG. Dans le pire des cas, vous pourriez ainsi “booster” votre testostérone totale et vous retrouver avec moins de testostérone libre en raison d’une augmentation (possiblement induite par les œstrogènes/apparentée) de la SHBG. Cela étant dit, il existe aussi de nombreux cas où c’est exactement le contraire. Les hommes particulièrement maigres (mais encore musclés) ont tendance à avoir un faible taux de SHBG, de sorte qu’en dépit d’un taux de testostérone total “bas à normal”, beaucoup d’entre eux ont un taux de testostérone libre normal, élevé ou même très élevé.

3. Le dernier facteur qui rend discutable une comparaison quantitative directe des effets des taux élevés de testostérone “naturelle” et “artificielle” est pour le moins l’absence du rythme diurne naturel avec l’administration exogène de testostérone. En 24 heures, les taux de testostérone fluctuent de +/- 40% avec un pic le matin (vers 6-7h) et un creux en début de soirée. Contrairement aux taux de testostérone “artificiellement améliorés”, ceux qui figurent sur l’imprimé de votre laboratoire représentent donc soit le maximum quotidien (si le sang a été prélevé tôt le matin), une moyenne (sang prélevé vers midi) ou le point le plus bas (sang prélevé le soir) de votre taux de testostérone sur 24h.

  • En passant, imaginez que vous vouliez vendre un “booster de testostérone naturel”. Quelle serait la meilleure façon d’obtenir une augmentation “cliniquement prouvée” de la testostérone ? Il vous suffirait de faire tester vos sujets “à l’étude” le soir pour obtenir les niveaux de base et le matin pour obtenir les niveaux post-interventionnels et *bang* vous avez obtenu votre augmentation “cliniquement prouvée” de +40% en testostérone ;-)

Et même si vous parvenez (par quelque moyen que ce soit) à élever “naturellement” votre taux de testostérone à un niveau de +200% de votre “moyenne” , le mécanisme naturel de rétroaction négative (inhibition de la libération de l’hormone lutéinisante (LH)) mettra bientôt fin à cette poussée de testostérone.

Tout cela ne change rien à l’observation que nous avons fait dans le premier volet de cette série (jusqu’à présent) en trois parties sur les effets de la testostérone sur l’hypertrophie des muscles squelettiques : La testostérone renforce les muscles ! Les processus physiologiques sous-jacents sur la croissance musculaire ne sont toutefois pas entièrement élucidés. Le bref résumé que j’ai rassemblé dans les paragraphes suivants est donc un “travail en cours”, non seulement parce que j’essaie encore de comprendre “comment fonctionne la testostérone”, mais aussi parce que l’interaction complexe entre les hormones, les cascades de signalisation des protéines et des acteurs clés du système immunitaire n’ont pas encore été complètement élucidées. Note EM: Et incidemment, comprendre la croissance musculaire reste un challenge que nous n’avons pas encore résolu en totalité.

Les effets directs de la testostérone sur les cellules musculaires

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu le nom “Vida”, sinon, vous n’avez probablement pas plongé dans la profondeur de la stéroïdologie bro-scientifique. Le livre de Julius A. Vida Androgens and Anabolic Agents a été publié en 1969. Certaines personnes appellent ce livre la “bible des stéroïdes”. Il contient des informations sur la structure et l’activité biologique de 666 stéroïdes différents.

steroides

Tableau 2: Scan de l’ouvrage de Vida présentant l’activité androgénique et anabolisante de la 19-Nortestostérone (Nandrolone ou DECA) à partir d’un modèle de rongeur.

Ce dernier point présentant un intérêt particulier pour les producteurs et les consommateurs de stéroïdes et de prohormones, les scans des tableaux qui constituent une bonne partie du livre original peuvent être consultés partout sur Internet (cf. Tableau 2). Vida a obtenu les données des études sur les rongeurs et a estimé l’effet “anabolisant” des molécules testées sur la base de la réponse hypertrophique du muscle levator ani de ses animaux de laboratoire. Maintenant, vous pouvez vous demander à juste titre, comment cela se rapporte à notre sujet… La raison pour laquelle Vida (et la plupart des autres chercheurs) a choisi le muscle levator ani comme référence est sa grande réactivité aux androgènes car il présente une densité beaucoup plus grande de récepteurs aux androgènes que la plupart des muscles squelettiques que vous essayez probablement de construire, quand vous êtes en salle de musculation (et je suppose que vous ne travaillez pas l’ani levator, non plus ?)

levator-ani

Image 2: Le muscle levator ani est particulièrement sujet à l’hypertrophie induite par les androgènes, car il possède une quantité particulièrement élevée de récepteurs aux androgènes. Que vous le sachiez ou non, dans 99% des cas, l’activité anabolisante d’un “stéroïde designer” donné est généralement fourni par rapport à la réponse à l’hypertrophie induite par la testostérone pour ce muscle.

Il est intéressant de noter que les zones du muscle où l’expression des récepteurs androgéniques est la plus élevée sont les myonuclei (noyaux) et les cellules satellites. Vous les connaissez tous les deux grâce aux précédents articles de cette série et vous vous souviendrez certainement que le recrutement de nouveaux myonuclei à partir de cellules satellites était une condition préalable nécessaire à une croissance musculaire continue car avec l’augmentation constante de la taille des domaines myonucléaires (Note EM: Globalement le volume cellulaire du cytoplasme disponible par noyau), le muscle finirait par devenir dysfonctionnel (voir “Dépasser temporairement les limites physiologiques“). Il est donc probable qu’à côté de l’IGF-1, la testostérone fournisse un second stimulus de croissance secondaire ou complémentaire aux cellules satellites qui seraient autrement en repos. Du fait que les sujets de l’étude de Bhasin ont présenté une réponse hypertrophique marquée en l’absence de stimuli d’entraînement adéquats, nous pouvons également conclure que l’action de la testostérone, contrairement aux variantes d’épissage de l’IGF-1 exprimées localement (cf. MGF & Co), ne dépend (au moins dans une certaine mesure) pas des lésions musculaires/entraînement de la force. Les résultats d’une étude menée en 2005 par le Human Performance Laboratory de l’Université du Connecticut (Kraemer. 2005), qui a constaté une réduction de -46% de l’expression des récepteurs aux androgènes en réponse à un volume d’entraînement suggère même que la testostérone occupe une place secondaire lorsque la voie MGF opère son travail de renforcement musculaire.

La question de savoir si ce dernier, c’est-à-dire le travail de la testostérone dans la construction musculaire est identique à celui de l’IGF-1 et de ses variantes d’épissage est discutable de toute façon. Après tout, les expériences avec des cellules satellites bovines isolées ont montré qu’une incubation avec de la trenbolone androgénique synthétique entraînait une augmentation de la synthèse protéique en fonction de la dose et une diminution de la dégradation des protéines (Kamango-Sollo, 2011). La fonction de la testostérone pourrait donc être de maintenir les myoblastes (= cellules progénitrices) dans un état de prolifération – ou, plus simplement, la testostérone maintient les cellules satellites actives et prêtes à être incorporées dans le muscle, lorsque cela devient nécessaire.

Note EM: Ce que ne précise pas Adel Moussa (et qu’il faut préciser ici), c’est que l’hypertrophie et la synthèse des protéines dépend directement du nombre de noyaux cellulaires. En toute logique, c’est bien le nombre de noyaux qui détermine la quantité d’ADN disponible à opérer vers la translation du brin d’ARN correspondant à la traduction nécessaire à la synthèse des protéines. Ceci nous éclaire donc très simplement sur ce qui vient d’être dit plus haut. Autrement dit, au moins vous avez de cellules satellites actives, au moins vous aurez de noyaux et au moins la synthèse protéique sera active. On en revient précisément à la définition du domaine nucléaire, la relation existant entre la taille de la fibre et le nombre de noyaux. Et donc, si la testostérone préserve l’activité cellules satellites (pour incorporation de nouveaux noyaux), elle augmente aussi indirectement la capacité du muscle à activer plus fortement la synthèse protéique.  

La testostérone convertit la graisse potentielle en muscle

Malgré le fait que les effets de la testostérone sur le développement musculaire sont au cœur de cette série, je suppose que vous avez été tout aussi impressionné par l’effet de l’administration de doses graduées d’énanthate de testostérone sur les taux de graisse corporelle des sujets de l’étude de Bhasin. Une explication possible pour cet effet serait certainement en rapport à l’augmentation des besoins énergétiques de la masse musculaire squelettique supplémentaire. A lui seul, cela peut cependant difficilement expliquer la profondeur des effets observés par Bhasin et al. dans les groupes énanthate de testostérone à faible et très faible dose.

testosterone-gain-masse-musculaire

Tableau 3: Changement relatif de la masse maigre et de la masse grasse en réponse aux changements des taux sériques de testostérone. La zone verte indique des taux “normaux” = taux physiologiques de testostérone. Les astérisques (*) indiquent des changements statistiquement significatifs (p < 0,05) en fonction des valeurs de référence (calculées à partir de Bhasin, 2001)

Je veux dire, si vous examinez attentivement les données, même les groupes à faible dose ont effectivement gagné une certaine masse musculaire (< 2 % et statistiquement non significative). Une perte de masse musculaire squelettique ne peut donc expliquer l’augmentation de 18 à 37% de la masse graisseuse (cf. figure 3). Dans une publication ultérieure, Bhasin et al. proposent donc une explication alternative – je dirais tout à fait excitante – pour cette observation et d’autres observations similaires chez les hommes hypogonadiques (Bhasin. 2004) :

  • Le changement réciproque de la masse maigre et de la masse grasse induite par les androgènes s’explique mieux par l’hypothèse que les androgènes favorisent l’engagement des cellules pluripotentes mésenchymateuses dans la lignée myogénique et inhibent l’adipogenèse par une voie médiée par les récepteurs androgéniques. {Note EM: ! :-)

Cet effet d’amorçage de la testostérone sur les cellules souches “universelles” du tissu conjonctif ne se traduirait pas seulement par une augmentation du nombre de cellules souches appelées à devenir des cellules musculaires (autrement dit des cellules satellites), la testostérone réduirait également le nombre de “futurs adipocytes” et inhiberait ainsi la formation et le renouvellement des cellules graisseuses apoptotiques, c’est-à-dire mortes. Cette hypothèse est corroborée par les découvertes récentes de Semirale et al. qui constatent une réduction de l’accumulation de graisse viscérale et sous-cutanée avec une augmentation réciproque de la masse maigre chez les souris mâles et surexpression ciblée des récepteurs androgènes dans les cellules souches mésenchymateuses (Semirale, 2011).

Le rôle de la testostérone sur la connexion nerfs/muscles

Son effet sur les cellules musculaires proprement dites et leurs progéniteurs mis à part, la testostérone se lie également aux récepteurs androgéniques des motoneurones qui innervent le muscle. Il est intéressant de noter que la mort de ces motoneurones est considérée comme la cause principale de la sarcopénie et de la diminution associée de la masse musculaire au cours du processus de vieillissement (Narici. 2008). Le traitement direct des motoneurones avec différentes doses de testostérone entraîne une augmentation de la taille et du nombre de motoneurones (Fraley. 2002 ; Mansouri. 2003). L’équivalent physiologique de ce dernier peut donc bien être responsable de l’amélioration de la “connexion esprit-muscle” que les utilisateurs de substances améliorant la performance signalent fréquemment. Elle peut également faciliter une activation plus grande/optimisée des fibres musculaires existantes et pourrait ainsi contribuer à des gains de force qui ne dépendraient pas de la croissance musculaire précédente. L’augmentation de la force, à son tour, permettrait aux athlètes de soulever des poids plus lourds et de fournir un nouveau stimulus de croissance, et ainsi de suite…

Chaque fois qu’il est question d’androgènes et de la “connexion esprit-muscle”, quelqu’un mentionne habituellement les trois lettres D, H et T et invoque ainsi le rôle de l’androgène le plus puissant, la dihydrotestostérone, pour laquelle la “Big T” n’est qu’une prohormone. Que ce soit vraiment la DHT, une combinaison des deux, ou si l’un des deux est juste plus puissant dans l’induction de ces effets neuronaux liés aux androgènes, cette question constituera le sujet du prochain volet de cette série, dans lequel la DHT et les œstrogènes complètent un portrait encore très sommaire du rôle complexe des “hormones sexuelles” dans une orchestration si dense que l’idée qu’une seule hormone, protéine, acide aminé ou cytokine inflammatoire puisse faire croître votre muscle est simplement ridicule – même si cette hormone est bien la “The Big T” ;-)

Article source: Intermittent Thoughts on Building Muscle: Understanding the “Big T” – Testosterone Programs Stem Cells to Become Muscle note Fat + Keeps Satellite Cells & Motoneurons Alive

En savoir plus »
Aucun commentaire

Après une tasse de café, vos cellules adipeuses brunes produisent plus de chaleur

nescafe-expressoAprès une tasse de café, votre corps consomme plus d’énergie. Une tasse de café contient suffisamment de caféine pour activer les cellules de graisse brune de votre corps et leur faire convertir plus de calories en chaleur. Des biologistes anglais, affiliés à l’Université de Nottingham, l’ont relaté dans leurs rapports scientifiques.

L’étude scientifique in vitro

Les chercheurs ont exposé de très jeunes cellules adipeuses, qu’ils avaient elles-mêmes développées à partir de cellules souches mésenchymateuses de souris, à une concentration physiologiquement pertinente de caféine. La caféine a activé la protéine signal UCP1. Celle-ci permet aux cellules d’utiliser leur énergie de façon plus généreuse. Comme on pouvait s’y attendre, la caféine a augmenté le nombre de mitochondries dans les cellules.

cafeine-mitochondries

mitochondries-atp-cafeine

Le taux d’exposition à l’oxygène [OCR] a augmenté en raison de l’exposition à la caféine. Les cellules ont utilisé plus d’oxygène. En même temps, la caféine a permis aux cellules graisseuses de produire plus de récepteurs bêta-3 adrénergiques et moins de récepteurs bêta-2 adrénergiques.

mitochondries-cafeine-oxygene

L’étude clinique sur des sujets humains

Les chercheurs ont fait boire une tasse de café aux sujets testés. Ils l’ont fait en dissolvant un sachet d’Espresso Original dans 200 millilitres d’eau chaude. Cette tasse de café contenait 65 milligrammes de caféine.

Juste avant que les sujets d’essai reçoivent leur café, les chercheurs ont mesuré la quantité de chaleur produite par le corps juste au-dessus de la clavicule. Il y a beaucoup de cellules graisseuses brunes dans cette région. Une demi-heure après que les sujets avaient bu leur café, les chercheurs ont répété leurs mesures.

Les graphiques ci-dessous parlent d’eux-mêmes.

cafeine-graisses-brunes

graisses-brunes-cafeine

Conclusion sur l’expérience de la “tasse de café”

“La graisse brune agit différemment des autres graisses de votre corps et produit de la chaleur en brûlant du glucose et des graisses, souvent en réponse au froid”, explique le co-auteur Michael Symonds dans un communiqué de presse. [sciencedaily.com 24 juin 2019] “L’augmentation de son activité améliore le contrôle de la glycémie ainsi que l’amélioration du taux de lipides sanguins et des calories supplémentaires brûlées qui contribuent à la perte de poids. Cependant, jusqu’à présent, personne n’avait trouvé un moyen acceptable de stimuler son activité chez l’homme.”

“Il s’agit de la première étude chez l’homme à montrer que quelque chose comme une tasse de café peut avoir un effet direct sur nos fonctions graisseuses brunes. Les résultats ont été positifs et nous devons maintenant nous assurer que la caféine, l’un des ingrédients du café, agit comme stimulant ou s’il y a un autre composant qui aide à l’activation de la graisse brune. Nous étudions actuellement des suppléments de caféine pour vérifier si l’effet est similaire.”

“Une fois que nous aurons confirmé quel composant est responsable de cette situation, il pourrait être utilisé dans le cadre d’un régime de gestion du poids ou d’un programme de régulation du glucose pour aider à prévenir le diabète”.

“Les implications potentielles de nos résultats sont assez importantes, car l’obésité est un problème de santé majeur pour la société. Nous faisons également face à une épidémie croissante de diabète et la graisse brune pourrait potentiellement faire partie de la solution.

Source de l’article: After a cup of coffee, your brown fat cells produce more heat

Source Ergo-log: Sci Rep. 2019 Jun 24;9(1):9104.

Traduction pour Espace Corps esprit Forme,

Eric Mallet

En savoir plus »
2 Commentaires

Le cacao, l’épicatéchine, l’endurance et vos mitochondries

cacaoDonnez une forte quantité quotidienne de chocolat à des personnes atteintes de diabète de type 2 et de problèmes cardiaques et leurs cellules musculaires commenceront à mieux fonctionner. Selon une petite étude réalisée à l’Université de Californie à San Diego, après trois mois, les patients semblaient bénéficier d’un avantage santé comparable à celui d’un entraînement sportif régulier.

Généralement, muscles et cellules cardiaques des personnes souffrant de problèmes cardiovasculaires et de diabète de type 2 sont en mauvais état. Une accumulation de défauts moléculaires signifie que leurs mitochondries ne peuvent plus fonctionner comme elles le devraient et qu’elles ne savent plus produire suffisamment d’énergie.

Les antioxydants du cacao pourraient-ils améliorer la condition physique de diabétiques de Type 2 ou de personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire ?

Les chercheurs ont voulu savoir s’ils pouvaient faire quelque chose pour y remédier en leur donnant du cacao. Le cacao contient de l’épicatéchine. Cette molécule, peut-être avec d’autres substances du cacao, stimulerait la production d’énergie des mitochondries. Des études chez l’animal ont montré que ce composé serait un véritable “substitut” de l’exercice mais qu’il serait encore plus efficace avec un véritable effort physique.

epicatechineL’épicatéchine produit-elle le même effet chez l’homme ? C’est pour le découvrir que les chercheurs ont donné à cinq patients, près de 400 calories de chocolat sous forme de quatre morceaux de chocolat et de deux “boissons de recherche au cacao”. La totalité des suppléments  fournissait 100 mg d’épicatéchine par jour.

Les chercheurs ne disent pas si les suppléments donnés à leurs sujets d’étude ont modifié leur poids corporel à la hausse ou pas. Ils disent cependant que les cellules musculaires des sujets avaient nettement changé. La quantité de NO mesuré sous forme de nitrates et de nitrites avait considérablement augmentée. Il en va de même pour la protéine PGC1-alpha.

PGC1 alpha incite les cellules à produire plus de mitochondries et stimule leur développement. Et ce qui est d’autant plus intéressant ici, c’est le fait que le supplément de cacao a également activé l’enzyme SIRT1.

cacao-epicatechine

cacao-epicatechine

cacao-sirtuine1

mitochondrie

cacao-mitochondries

 

Les mitochondries ont changé de forme, elles sont devenues plus compactes. Les photos de gauche ci-dessus montrent une mitochondrie d’un des sujets. Une photo a été prise avant le début de la supplémentation en cacao, l’autre après. Comme vous pouvez le voir, les mitochondries ont développé plus de crêtes. En comparant rapidement une mitochondrie à une usine, cela signifie qu’il y a plus de machines dans l’usine.

L’étude ne dit pas si les sujets se sont réellement rétablis mais si l’on en croit les résultats, on peut s’attendre à ce que cela soit le cas. Tout semble indiquer que la capacité des cellules musculaires des sujets à convertir les nutriments en énergie a augmenté. En plaisantant un peu, il ne faudra sans doute plus longtemps avant que les coureurs du Tour de France ne soient plus aidés par des substances qui améliorent le transport de l’oxygène mais par Mars et Côte d’Or. Et par The Hershey Company qui a aidé à financer l’étude.

Source de l’article: Cacao contains endurance sports drug

Source Ergo-log: Clin Transl Sci. 2012 Feb;5(1):43-7.

Traduction pour Espace Corps Esprit Forme,

Eric Mallet

En savoir plus »
Aucun commentaire