L’électrostimulation neuromusculaire est-elle efficace sur l’hypertrophie ?

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electrostimulation-hypertrophie-musclesEn plus de leur entraînement régulier, certains athlètes essaient d’augmenter la force et le masse de leurs muscles en les stimulant avec des impulsions électriques. Cette approche – appelée électrostimulation neuromusculaire ou NMES – fonctionne-t-elle ou non ? Les recherches récentes de scientifiques de l’université d’État du Texas ne permettent pas de répondre à cette question. Mais l’étude suggère que les chances de succès sont plus grandes si les stimuli électriques ont une fréquence relativement élevée.

Une étude américaine sur l’électrostimulation

L’électrostimulation neuromusculaire a été développée à des fins thérapeutiques au départ. Elle concerne des domaines comme la rééducation de personnes qui ne peuvent plus utiliser certains groupes musculaires en raison de lésions des voies neurales. Mais il arrive aussi que des athlètes l’utilisent comme complément à leur entraînement classique de musculation. Les thérapeutes utilisent généralement des stimuli électriques dont la fréquence varie entre 20 et 60 Hz. On ne sait pourtant pas exactement à quelle fréquence l’effet sur les muscles est optimal. C’est pour cette raison que les chercheurs Texans ont décidé de le vérifier.

Chez 11 sujets sains, ils ont traité les quadriceps d’une jambe avec des stimuli de 20 Hz et les quadriceps de l’autre jambe avec des stimuli de 60 Hz. Une demi-heure après le traitement électrostimulant, ils ont prélevé des échantillons des muscles traités et ont déterminé l’activité d’importantes molécules de signalisation anaboliques.

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Les résultats de l’étude sur l’électrostimulation dans le contexte sportif

L’électrostimulation neuromusculaire a augmenté l’activité des molécules de signalisation anaboliques mTOR et S6K1. Cet effet était plus fort lorsque les chercheurs ont utilisé une fréquence de 60 Hz que lorsqu’ils ont administré des impulsions à une fréquence de 20 Hz.

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Les chercheurs se sont également intéressés à la protéine 4E-BP1, mais cette molécule n’a pas répondu à l’électrostimulation neuromusculaire.

Conclusion

“En conclusion, les données de cette étude montrent que la signalisation anabolique de la voie mTORC1 est régulée à la hausse après une stimulation électrique neuromusculaire à basse et à haute fréquence, et qu’une plus grande régulation à la hausse s’est produite après une stimulation électrique neuromusculaire à haute fréquence”, écrivent les chercheurs.

“La stimulation à haute fréquence ou le plus grand nombre d’impulsions électriques délivrées du fait de la haute fréquence peuvent fournir un stimulus plus fort pour les processus qui initient l’hypertrophie musculaire.”

“Ces données fournissent une justification supplémentaire pour la prise en compte du paramètre de fréquence pour la conception de protocoles de traitement optimaux de stimulation électrique neuromusculaire thérapeutique afin de cibler la croissance musculaire et suggèrent que la stimulation à haute fréquence peut être plus efficace.”

Note EM: L’auteur de l’article ajoute: “Toujours à l’appui des présentes conclusions, le HF-NMES (60 Hz) appliqué aux muscles de la cuisse d’adultes âgés en bonne santé a augmenté la production de cellules satellites et le diamètre des fibres musculaires, ce qui prouve que les facteurs régulant la croissance musculaire sont activés par le HF-NMES.” Il faut en conclure, ce qui n’est pas dit par les rédacteurs d’Ergo-log, que l’électrostimulation n’aurait d’intérêt pour l’athlète qu’à une fréquence de 60 à 100 Hz, durant une durée de fonctionnement brève (généralement 180 secondes). En outre, la durée d’exercice et l’intensité de contraction sont assez similaires à ce que l’on observe avec l’entraînement classique de musculation: “Les protocoles de courte durée ont été suggérés comme étant plus proches de l’entraînement en résistance et les protocoles plus longs comme étant plus proches de l’endurance (…)”. Les chercheurs précisent également que: “Il est possible qu’un seuil de fréquence minimum existe pour l’optimisation des voies de signalisation anaboliques. Il est également important de noter que nous avons choisi d’étudier de jeunes individus sains et non entraînés afin de contrôler la variabilité journalière souvent observée dans les populations cliniques, car cette variabilité peut affecter les mesures de la fonction physique.”

Autrement dit, les chercheurs ajoutent: “La signalisation anabolique de la voie mTORC1 après le NMES dans la présente étude est similaire à la réponse de signalisation anabolique après un exercice volontaire d’entraînement en résistance. (…)” Pour ma part, j’aurais tendance à croire que ce genre d’entraînement artificiel peut avoir un impact sur la croissance et la force musculaire à la condition que vous utilisiez un matériel électronique agréé et réservé aux thérapeutes professionnels. De toute évidence, il est fort peu probable que vous obteniez des résultats avec une machine douteuse achetée la veille sur Télé achat. J’émettrais cependant un doute (confirmé par un kinésithérapeute) puisque la protéine 4E-BP n’est pas phosphorylée. Il est donc peu probable qu’il s’agisse d’une méthode réellement utile lorsqu’il s’agit d’activer la synthèse des protéines sans pratique sportive en parallèle. Cependant, l’électrostimulation peut être associée à l’entraînement de résistance, ce qui correspond au contexte évoqué dans l’article.

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Source de l’article: Increasing muscle size with neuromuscular electrostimulation more likely to succeed with high frequency

Source Ergo-log: Med Sci Sports Exerc. 2018 Aug;50(8):1540-8.

Traduction pour Espace Corps Esprit Forme,

Eric Mallet

A propos de l'auteur

Passionné et pratiquant de la musculation depuis près de 28 ans, je me suis toujours intéressé au développement des ergogènes et de la nutrition sportive. Diplômé des universités Lille 3 et Paris 7, je travaille actuellement sur la rédaction de plusieurs ouvrages dont la sublimation par la culture physique et la musculation sur le plan psychanalytique. Consultant dans le domaine des compléments alimentaires, j'accompagne les entreprises dans le développement de leur stratégie de vente et de communication en matière de nutrition sportive. Espace Corps Esprit Forme est à considérer comme un blog de vulgarisation scientifique, destiné à aider les athlètes tout en leurs donnant des informations scientifiques utiles à leur pratique des sports de force.

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