
Image Roman Odintsov Pexels.com
Le sulforaphane est un composant qui se retrouve dans le brocoli, le chou de Bruxelles, le chou-fleur et d’autres légumes crucifères. Ce composant phytochimique active la fabrication cellulaire de peptides détoxifiants telles que le glutathion. Le sulforaphane pourrait ainsi contribuer à prévenir ou à combattre la psychose, espèrent des psychiatres moléculaires de l’université Johns Hopkins aux États-Unis. Mais la dose nécessaire pour cela n’est-elle pas trop élevée ?
Le glutathion, le glutamate et les psychoses
En janvier 2019, les chercheurs ont publié une étude dans laquelle ils ont examiné les cerveaux de 81 personnes admises à l’hôpital après une psychose et de 91 sujets sains à l’aide de la spectroscopie par résonance magnétique. L’étude a notamment révélé que les patients psychotiques avaient moins de glutamate et de glutathion dans des parties critiques de leur cerveau. Dans les cellules, le peptide glutathion fonctionne, entre autres, comme un réservoir de stockage pour le glutamate. Le tableau ci-dessous montre comment fonctionne ce lien.


Dans une autre étude, les chercheurs ont bloqué la conversion du glutamate en glutathion dans les cellules cérébrales à l’aide d’un agent pharmacologique. Le médicament a augmenté la concentration cellulaire de glutamate et réduit la concentration de glutathion.
Ce changement a rendu les cellules cérébrales hyperactives et les a incitées à se transmettre des stimuli électriques plus nombreux et plus forts. Cet effet est quelque peu similaire à ce qui se produit dans le cerveau lors d’une psychose. Dans la même étude in vitro, les chercheurs ont stimulé la conversion du glutamate en glutathion en exposant les cellules cérébrales au sulforaphane [tableau ci-dessous]. Le sulforaphane est une substance bioactive contenue dans les légumes du chou qui active l’enzyme glutamate cystéine ligase [GLCL]. La GLCL lie le glutamate à la molécule de glutathion. En conséquence, les cellules cérébrales sont devenues plus silencieuses.

« Nous pensons au glutathion comme au glutamate stocké dans un réservoir d’essence », explique le psychiatre et auteur principal Thomas Sedlak dans un communiqué de presse. Si vous avez un plus grand réservoir d’essence, vous avez plus de marge de manœuvre sur la distance que vous pouvez parcourir, mais dès que vous retirez l’essence du réservoir, elle est brûlée rapidement. Nous pouvons considérer que les personnes atteintes de schizophrénie ont un réservoir d’essence plus petit. »
Le sulforaphane peut-il être considéré comme un anti-psychotique ?
C’est bien sûr une bonne chose. Mais peut-on modifier l’activité des cellules cérébrales en donnant du sulforaphane aux gens ? Les chercheurs apportent un début de réponse à cette question dans une étude parue dans Molecular Neuropsychiatry.
Dans cette étude, Sedlak et ses collaborateurs ont administré à 9 sujets sains 2 gélules par jour contenant chacune 100 micromoles de sulforaphane pendant une semaine. Résultat : la concentration de glutathion dans les cellules sanguines a effectivement augmenté de manière significative.

Selon la spectroscopie par résonance magnétique, la concentration de glutathion a également augmenté dans le cerveau, mais cette tendance n’était pas significative. Le tableau ci-dessus concerne la concentration de glutathion dans le thalamus. Les chercheurs sont néanmoins optimistes. S’ils avaient utilisé plus de 9 sujets, les effets sur la concentration de glutathion auraient probablement été significatifs, écrivent-ils.
Conclusion des chercheurs sur le sulforaphane
« Il est possible que de futures études montrent que le sulforaphane est un complément sûr à donner aux personnes à risque ou développant une schizophrénie pour prévenir, retarder ou atténuer l’apparition des symptômes », déclare Akira Sawa, directeur de la recherche, dans un communiqué de presse.
« Pour les personnes prédisposées aux maladies cardiaques, nous savons que des changements dans le régime alimentaire et l’exercice physique peuvent aider à prévenir la maladie, mais il n’y a encore rien de tel pour les troubles mentaux graves », ajoute l’auteur Sedlak. « Nous espérons qu’un jour, certaines maladies mentales pourront être évitées dans une certaine mesure. »
Quelques critiques…
Les chercheurs ne sont pas sûrs que le sulforaphane combatte réellement la psychose. Ils n’ont pas encore étudié cette question. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous nous sentons obligés de faire un commentaire assez dubitatif…
La dose quotidienne de 200 micromoles de sulforaphane que les chercheurs ont administrée à leurs sujets s’élève à 35,5 milligrammes par jour. C’est beaucoup. Une capsule d’un supplément fortement dosé en sulforaphane contient généralement plusieurs centaines de microgrammes de cette substance. Donc, le schéma de supplémentation des chercheurs équivaudrait à plus d’une boite d’un tel supplément par jour (!?).
Note EM: Si vous avez tout suivi jusqu’ici, vous pourriez facilement vous demander pourquoi il ne serait pas possible de supplémenter directement les sujets d’une étude clinique en glutathion ? La question est vite répondue puisque la biodisponibilité du glutathion par voie orale est quasiment nulle. Reste la voie sublinguale ou par injection mais ceci dépasse le cadre de cet article. Ajoutons que de manière indirecte, le NAC (N-acétyl-cystéine) a démontré qu’il permettait une augmentation du taux de glutathion réduit. Il s’agit sans doute d’une autre piste à explorer…
Cela étant, merci de prendre un instant pour vous inscrire à la newsletter du blog. Vous serez informé de la mise en ligne des nouveaux articles.
Source de l’article: Sulforaphane, an antipsychotic from broccoli?
Source Ergo-log: Mol Neuropsychiatry. 2018 May;3(4):214-22.
Traduction pour Espace Corps Esprit Forme,
Eric Mallet
Le sulforaphane, un anti-psychotique du brocoli ?
12 - 05
2025
Image Roman Odintsov Pexels.com
Le sulforaphane est un composant qui se retrouve dans le brocoli, le chou de Bruxelles, le chou-fleur et d’autres légumes crucifères. Ce composant phytochimique active la fabrication cellulaire de peptides détoxifiants telles que le glutathion. Le sulforaphane pourrait ainsi contribuer à prévenir ou à combattre la psychose, espèrent des psychiatres moléculaires de l’université Johns Hopkins aux États-Unis. Mais la dose nécessaire pour cela n’est-elle pas trop élevée ?
Le glutathion, le glutamate et les psychoses
En janvier 2019, les chercheurs ont publié une étude dans laquelle ils ont examiné les cerveaux de 81 personnes admises à l’hôpital après une psychose et de 91 sujets sains à l’aide de la spectroscopie par résonance magnétique. L’étude a notamment révélé que les patients psychotiques avaient moins de glutamate et de glutathion dans des parties critiques de leur cerveau. Dans les cellules, le peptide glutathion fonctionne, entre autres, comme un réservoir de stockage pour le glutamate. Le tableau ci-dessous montre comment fonctionne ce lien.
Dans une autre étude, les chercheurs ont bloqué la conversion du glutamate en glutathion dans les cellules cérébrales à l’aide d’un agent pharmacologique. Le médicament a augmenté la concentration cellulaire de glutamate et réduit la concentration de glutathion.
Ce changement a rendu les cellules cérébrales hyperactives et les a incitées à se transmettre des stimuli électriques plus nombreux et plus forts. Cet effet est quelque peu similaire à ce qui se produit dans le cerveau lors d’une psychose. Dans la même étude in vitro, les chercheurs ont stimulé la conversion du glutamate en glutathion en exposant les cellules cérébrales au sulforaphane [tableau ci-dessous]. Le sulforaphane est une substance bioactive contenue dans les légumes du chou qui active l’enzyme glutamate cystéine ligase [GLCL]. La GLCL lie le glutamate à la molécule de glutathion. En conséquence, les cellules cérébrales sont devenues plus silencieuses.
« Nous pensons au glutathion comme au glutamate stocké dans un réservoir d’essence », explique le psychiatre et auteur principal Thomas Sedlak dans un communiqué de presse. Si vous avez un plus grand réservoir d’essence, vous avez plus de marge de manœuvre sur la distance que vous pouvez parcourir, mais dès que vous retirez l’essence du réservoir, elle est brûlée rapidement. Nous pouvons considérer que les personnes atteintes de schizophrénie ont un réservoir d’essence plus petit. »
Le sulforaphane peut-il être considéré comme un anti-psychotique ?
C’est bien sûr une bonne chose. Mais peut-on modifier l’activité des cellules cérébrales en donnant du sulforaphane aux gens ? Les chercheurs apportent un début de réponse à cette question dans une étude parue dans Molecular Neuropsychiatry.
Dans cette étude, Sedlak et ses collaborateurs ont administré à 9 sujets sains 2 gélules par jour contenant chacune 100 micromoles de sulforaphane pendant une semaine. Résultat : la concentration de glutathion dans les cellules sanguines a effectivement augmenté de manière significative.
Selon la spectroscopie par résonance magnétique, la concentration de glutathion a également augmenté dans le cerveau, mais cette tendance n’était pas significative. Le tableau ci-dessus concerne la concentration de glutathion dans le thalamus. Les chercheurs sont néanmoins optimistes. S’ils avaient utilisé plus de 9 sujets, les effets sur la concentration de glutathion auraient probablement été significatifs, écrivent-ils.
Conclusion des chercheurs sur le sulforaphane
« Il est possible que de futures études montrent que le sulforaphane est un complément sûr à donner aux personnes à risque ou développant une schizophrénie pour prévenir, retarder ou atténuer l’apparition des symptômes », déclare Akira Sawa, directeur de la recherche, dans un communiqué de presse.
« Pour les personnes prédisposées aux maladies cardiaques, nous savons que des changements dans le régime alimentaire et l’exercice physique peuvent aider à prévenir la maladie, mais il n’y a encore rien de tel pour les troubles mentaux graves », ajoute l’auteur Sedlak. « Nous espérons qu’un jour, certaines maladies mentales pourront être évitées dans une certaine mesure. »
Quelques critiques…
Les chercheurs ne sont pas sûrs que le sulforaphane combatte réellement la psychose. Ils n’ont pas encore étudié cette question. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous nous sentons obligés de faire un commentaire assez dubitatif…
La dose quotidienne de 200 micromoles de sulforaphane que les chercheurs ont administrée à leurs sujets s’élève à 35,5 milligrammes par jour. C’est beaucoup. Une capsule d’un supplément fortement dosé en sulforaphane contient généralement plusieurs centaines de microgrammes de cette substance. Donc, le schéma de supplémentation des chercheurs équivaudrait à plus d’une boite d’un tel supplément par jour (!?).
Note EM: Si vous avez tout suivi jusqu’ici, vous pourriez facilement vous demander pourquoi il ne serait pas possible de supplémenter directement les sujets d’une étude clinique en glutathion ? La question est vite répondue puisque la biodisponibilité du glutathion par voie orale est quasiment nulle. Reste la voie sublinguale ou par injection mais ceci dépasse le cadre de cet article. Ajoutons que de manière indirecte, le NAC (N-acétyl-cystéine) a démontré qu’il permettait une augmentation du taux de glutathion réduit. Il s’agit sans doute d’une autre piste à explorer…
Cela étant, merci de prendre un instant pour vous inscrire à la newsletter du blog. Vous serez informé de la mise en ligne des nouveaux articles.
Source de l’article: Sulforaphane, an antipsychotic from broccoli?
Source Ergo-log: Mol Neuropsychiatry. 2018 May;3(4):214-22.
Traduction pour Espace Corps Esprit Forme,
Eric Mallet