Des nouvelles des antioxydants: le resvératrol et le ptérostilbène

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Le raisin est une source de polyphénols antioxydants et de resvératrol

Le raisin, une source naturelle et riche de resvératrol

Quand on parle d’antioxydants, il faut savoir compter. Le nombre hallucinant de catégories, sous-catégories et sous types de molécules semble ne jamais finir. D’un autre côté, si je devais rédiger un article assez complet sur les antioxydants, il est possible que j’écrive plus de 20 pages sur le sujet, tout en restant dans les généralités. Le sujet est vaste mais rien ne m’empêche cependant de me réserver plusieurs sous articles sur ce sujet. Sur Espace Corps Esprit Forme, j’en resterais à l’essentiel et sur les polyphénols en particulier. Si l’on connait assez bien les diverses propriétés du resvératrol, la science commence actuellement à s’intéresser de près à un cousin du resvératrol, le ptérostilbène. Tous deux sont des polyphénols qui appartiennent d’ailleurs à la classe des stilbènes.

Le resvératrol, un bienfait de la nature

Comme vous le savez, le resvératrol fait partie des antioxydants, et plus précisément des polyphénols. Il est surtout présent dans le raisin et les mûres. On estime qu’une consommation modérée de vin est favorable à la santé, précisément à cause de la présence du resvératrol et d’un de ses cousins, le quercétol. Ce polyphénol assure une protection cardiovasculaire efficace en bloquant l’oxydation du cholestérol LDL et l’agrégation des plaquettes sanguines (E. N. Frankel, A. L. Waterhouse and J. E. Kinsella, « Inhibition of human LDL oxidation by resveratrol », dans The Lancet, vol. 341, no 8852, 1993, p. 1103-4). Les propriétés anti-inflammatoires du resvératrol sont pour beaucoup dans ses capacités mélioratives sur la santé mais ne sont pas les seules.

Life Extension, le haut de gamme du complément alimentaire et des antioxydants avec resveratrolLe resvératrol est capable de bloquer l’action de certaines enzymes jouant sur la libérations des prostaglandines, des vecteurs inflammatoires bien connus, eux-mêmes dérivés d’un acide gras tout aussi connu, l’acide arachidonique. Des expériences scientifiques ont mis en valeur les capacités du resvératrol à réduire l’agrégation des plaquettes sanguines chez des malades du cœur lorsque l’aspirine n’y parvenait plus (Stef G, Csiszar A, Lerea K, Ungvari Z, Veress G., « Resveratrol inhibits aggregation of platelets from high-risk cardiac patients with aspirin resistance. », dans J Cardiovasc Pharmacol., vol. 48, no 2, 2006, p. 1-5), ce qui n’a rien d’un  détail à vrai dire.

Ajoutons que c’est en 2003 qu’un test scientifique a démontré que le resvératrol pouvait augmenter la longévité des cellules de la levure de bière de près de 70% (Konrad T. Howitz, Kevin J. Bitterman, Haim Y. Cohen, Dudley W. Lamming, Siva Lavu, Jason G. Wood, Robert E. Zipkin, Phuong Chung, Anne Kisielewski, Li-Li Zhang, Brandy Scherer & David A. Sinclair, « Small molecule activators of sirtuins extend Saccharomyces cerevisiae lifespan », in Nature, vol. 425, 2003, p. 191-6) . C’est intéressant mais entre la levure de bière et un être humain classique, il existe quand même une petite différence de plusieurs millions de milliards de cellules, ce qui relativise l’argumentation. Un des auteurs de cet article, David Sinclair, a d’ailleurs popularisé le resveratrol tout en poursuivant ses recherches sur un autre activateur des sirtuines, le nicotinamide riboside.

Quelques pistes intéressantes sur le resvératrol pour les vertébrés

Le resvératrolEn testant l’efficacité du resvératrol sur des petits mammifères et chez des animaux connus pour leur durée de vie réduite, l’allongement de la durée de vie était déjà plus relative. En testant le resvératrol sur des souris obèse, ce polyphénol permettait de bloquer les effets néfastes des graisses chez ces petits animaux. Les bienfaits du resvératrol se jouait surtout au niveau d’une réduction du taux de glucose sanguin et du travail de l’insuline, une étude qui permis d’ouvrir une voie de recherche vers un traitement potentiel contre le type 2 du diabète. L’analyse des tissus des souris fortement nourris de resvératrol a démontré que les cellules de leurs tissus musculaires avait développé un nombre considérable de mitochondries, permettant un métabolisme de l’oxygène beaucoup plus actif, une augmentation de l’endurance et une fatigue repoussée. Les souris ayant pris du resvératrol pouvait doubler leur distance de course par rapport au groupe de souris témoin, ce qui est pour le moins, un résultat surprenant. Plus surprenant encore, les responsables de l’équipe médicale se sont rendus compte que le développement mitochondrial devait passer par l’activation d’une protéine impliquée dans l’allongement de la durée de vie, la SIRT1 du groupe des sirtuines, une protéine orthologue (une analogue) à la protéine SIR2 déjà retrouvée dans la levure de bière et qui commandait une multiplication du nombre de réplication des cellules, et de l’allongement de la durée de vie.

Le resvératrol avait produit ses effets sur les mitochondries cellulaires

Donc, si vous m’avez suivi jusqu’ici, les scientifiques se sont aperçu que la santé cellulaire et la multiplication des mitochondries était passé par un facteur protéique analogue chez les rongeurs à celui que l’on avait retrouvé dans la levure et qui avait conditionné l’allongement de la durée de vie de la levure. Sans faire d’extrapolation absurde, la science avait démontré que le resvératrol entrainait une augmentation remarquable de l’endurance et de la santé des cellules musculaires chez la souris. Des expériences plus tardives et avec des doses de resvératrol moins élevés ont également fait montre d’un allongement de la durée de vie des souris en passant par le même processus de potentialisation de l’insuline et de la respiration cellulaire.

Dans tous les cas, une augmentation de la production énergétique passant par l’utilisation de l’oxygène par les mitochondries et le recyclage de l’ATP entraîne systématiquement une augmentation de la longévité. Cependant, on ne dispose pas encore d’études scientifiques récentes sur les facteurs protéiques que nous venons de citer mais nous savons qu’ils sont impliqués sur l’allongement de la vie lorsqu’il y a une restriction alimentaire, un constat qui remonte maintenant aux années 1930.

L’activité antioxydante du resvératrol

On sait également que l’exposition cellulaire aux radicaux libres, les ROS, entraine des mutations génétiques de l’ADN des mitochondries en accélérant la perte des enzymes nécessaires au fonctionnement mitochondrial, ce qui pourrait être à la source de nombreuses maladies neurodégénératives. Ce que l’on peut dire à ce sujet, c’est que le resvératrol s’oppose à cette oxydation par le biais de son action antioxydante. On sait aussi qu’il peut passer la barrière qui protège l’encéphale et donc, qu’il peut agir directement sur les cellules nerveuses. A nouveau, des expériences ont démontré l’efficacité  antioxydante du resvératrol, notamment sur des souris ou d’autres cobayes dont on avait provoqué l’apparition de la maladie dégénérative d’Alzheimer, de Parkinson ou de Hungtington. Cependant, et malgré ces éléments de réponse très positifs, on ne peut toujours pas extrapoler ces résultats chez l’homme, surtout que l’on sait qu’il existe d’autres molécules antioxydantes ou possédant d’autres facultés pouvant jouer un rôle sur la longévité; la quercétine en est le meilleur exemple.

Les antioxydants resvératrol et ptérostilbène

Le resveratrol est commercialisé sous forme de complément alimentairePrésent en grande quantité dans les myrtilles, le ptérostilbène est un cousin du resvératrol qui agit également sur le cholestérol (vers sa réduction) ainsi que d’autres types de graisses présents dans la circulation sanguine (les corps cétoniques pour être précis). Comme le resvératrol et la majorité des polyphénols, le ptérostilbène imite les effets d’une restriction calorique mais on sait depuis peu qu’il possède des propriétés anti-inflammatoires dont on soupçonne l’importance sur la croissance d’un certain type de cellules du colon qu’il préserverait de l’inflammation, un facteur déterminant l’apparition de ce cancer. Les applications des  polyphénols antioxydants sont donc multiples (ils augmentent probablement la longévité, possède une forte activité antioxydante, protège le système cardiovasculaire et le cortex cérébral, réduisent les inflammations localisées…) mais chaque antioxydant possède ses propres capacités à agir de manière spécifique au niveau cellulaire.

On sait que le resvératrol et ses nombreux cousins possèdent la plus forte capacité d’agir sur la classe protéique des sirtuines, ces protéines agissant sur certaines fonctions cellulaires et leurs organelles comme nous l’avions mis en évidence. L’activation de ces sirtuines permet donc d’agir génétiquement sur les cellules pour mieux résister au stress, potentialiser la réponse immunitaire, optimiser le métabolisme du foie, des muscles et des adipocytes. On sait également que le resvératrol aurait un rôle de régulateur sur l’IGF 1, un facteur de croissance majeur qui atténue l’obésité, entraîne la prise de masse musculaire et réduit les troubles de santé liés à l’obésité.

Étrangement, le ptérostilbène était déjà connu il y a plus de mille ans de cela

Étrangement, le ptérostilbène était déjà connu de la médecine ayurvédique depuis près d’un millier d’années mais on ne sait toujours pas comment cette médecine qui revendique plus de trois mille ans d’existence a pu s’informer d’une molécule isolée de ce type. Du ptérostilbène, on sait cependant qu’il pourrait protéger de certains cancers, agir sur le diabète et les maladies cardio-vasculaires et contre certains effets du vieillissement. L’action du ptérostilbène et du resvératrol dépend d’une synergie agissant sur les gènes de la longévité. Certains gènes de contrôle comme le NF-kB, responsables de la réponse aux cytokines pro-inflammatoires, à la fonction immunitaire, à la prévention des cancers et à la neutralisation des radicaux libres sont désactivés par l’action des sirtuines, elles-mêmes activés par le resvératrol. L’organisme est alors préservé d’une réponse inflammatoires à certains facteurs nocifs déclencheurs (pollution, cigarette…) ou d’une libération violente d’histamines provoquant les réactions allergiques ou asthmatiques. Le ptérostilbène limite le travail des NF-kB en bloquant (in vitro) l’action de tumeurs cancéreuses tout en augmentant la capacité de destruction des cellules du cancer. D’un point de vue général, le ptérostilbène bloque une grande partie des facteurs pro-inflammatoires de l’organisme en diminuant les risques d’apparition du cancer et des maladies inflammatoires.

Ajoutons pour revenir à ce que nous disions plus tôt que la restriction calorique agit sur les gènes qui neutralisent les cellules cancéreuses tout en réduisant l’influence des gènes permettant au cancer de prendre de l’ampleur dans l’organisme. Le resvératrol et le ptérostilbène sont des antioxydants qui agissent de la même manière en favorisant l’apoptose (la mort) des cellules touchées par le cancer en préservant les cellules non infectées. Ils limitent sa prolifération en agissant sur l’expression des protéines agissant sur la réplication des cellules cancéreuses.

La protection des cellules nerveuses par le resvératrol et le ptérostilbène

Ces deux polyphénols ont prouvé leur capacité d’agir sur les facultés d’apprentissage et sur la mémorisation. Le resvératrol agit en protégeant les cellules nerveuses de radicaux libres mais aussi des multiples métabolites et dérivés oxydatifs qui envahissent progressivement le cerveau des personnes âgées. Une étude scientifique réalisée en Californie a également montré que les polyphénols de l’écorce de pin, les OPC (oligoprothocyanidines) pouvaient réduire la perte des neurones et agir sur l’ensemble du spectre des radicaux libres.

Comme nous l’avons vu, le domaine des antioxydants et des molécules qui protègent notre organisme est absolument passionnant. Je vous laisse là-dessus et vous propose à nouveau de cultiver votre culture physique !

Eric Mallet

Note: Les personnes suivant un traitement AVK doivent consulter leur médecin traitant avant de prendre un supplément contenant du ptérostilbène et des polyphénols.

A propos de l'auteur

Passionné et pratiquant depuis plus de 20 ans, j'ai toujours porté un regard curieux sur le développement de la science des ergogènes et de la nutrition sportive. Diplômé des universités Lille 3 et Paris 7, je passe actuellement ma thèse en psychologie sur la question de la sublimation par la culture physique et la musculation. Espace Corps Esprit Forme est à considérer comme un blog de vulgarisation scientifique, destiné à aider le pratiquant tout en lui donnant des informations scientifiques utiles à sa pratique des sports de force.

2 Commentaires

  1. BRUNET -  17 février 2014 - 20 h 37 min

    bonjour Eric-svp, ne pas oublier que les personnes qui suivent un traitement AVK ne peuvent pas prendre du pterostilbene sans voir leur médecin traitant. Une de mes amies en prend et aussi du resveratrol – contre le diabète de type 2 – mais elle ne souffre de rien que de ce diabète. Ces produits attaquent l’inflammation et ils sont réellement efficaces. Je propose que vous précisiez davantage les interactions avec d’autres médicaments.
    cordlment. Nathan

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