Synthèse du marché du complément alimentaire en France, musculation, fitness et bodybuilding sont toujours les parents pauvres du marché

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Rencontre du forum Power & StrenghtA vrai dire, je ne suis pas mécontent que la seconde rencontre des membres de l’ultime forum Power & Strength se soit bien passée. L’ambiance fut très conviviale, sympathique et passionnée puisque tout le monde s’était donné rendez-vous pour la même chose, la culture physique et en termes de culture, je me suis mis à la tâche de travailler sur une petite étude concernant le marché des compléments alimentaires.

En tout état de cause, je n’étais pas vraiment surpris de constater que le marché réservé du complément alimentaire pour les sportifs de tous sports (musculation, fitness, sports d’équipes ou d’endurance) ne représente finalement qu’une minorité des ventes et du chiffre d’affaires de ce marché. Les suppléments alimentaires vendus à des fins sportives ne sont finalement vendus en France et en Europe que depuis très peu de temps. L’évolution du marché présente encore un potentiel énorme.

Le marché du complément alimentaire, définition et caractéristiques

Les compléments alimentaires, quelles habitudes de consommation ?Pour commencer par le commencement, essayons de définir simplement ce qu’est exactement le complément alimentaire afin de comprendre de quoi on parle. Pour le Journal Officiel, un complément alimentaire est défini comme suit (JO du 12 avril 1996): »Les compléments alimentaires sont les produits destinés à être ingérés en complément de l’alimentation courante, afin de pallier l’insuffisance réelle ou supposée des apports journaliers« . Évidemment, je suis d’accord avec cette définition qui rappelle à juste titre qu’un complément alimentaire ne remplace pas l’alimentation mais qu’ils pourraient suppléer à un manque. Nous parlons donc bien d’un complément à l’alimentation. Ici, nous pourrons facilement distinguer le complément alimentaire (qui complète) d’un supplément nutritionnel. Dans le cas de plus en plus hypothétique où votre alimentation vous donnerait l’ensemble des nutriments nécessaires à votre organisme, un supplément nutritionnel apporterait donc un « supplément » à votre alimentation quotidienne.

Les compléments alimentaires du bodybuilding ne cessent d'évoluerLa notion de manque ou de carence, surtout en bodybuilding peut aisément se concevoir avec l’activité sportive intense que la majorité d’entre nous pratique. La spécificité du bodybuilding qui consiste à dépasser le limite d’adaptation naturelle d’un muscle pour le forcer à compenser le stress puis de s’adapter aux charges et à l’intensité de l’exercice suppose que les besoins en calories, protéine, hydrates de carbones et micronutriments dépasse de loin les besoins de n’importe quel sédentaire. Admettre comme souvent qu’un apport de 0,8 gramme de protéine par kilo de poids de corps est suffisant pour un athlète de haut niveau est une absurdité totale. Cela témoigne en outre, d’un mépris certain pour l’activité physique et notre sport en particulier. Les faits sont là et les expériences déjà nombreuses réalisées sur les sportifs le prouve. Malheureusement, un certain nombre de médias, voire de magazines spécialisés sur ce sujet (!), continuent de répandre ces mythes au détriment même des produits dont ils font la publicité. Ils démontrent que la presse, bien décidés à vendre n’importe quoi à n’importe qui, ne fait finalement que vendre de l’espace publicitaire sans même avoir conscience des produits publicités.

Quels avantages ou quels profits pourrait-on retirer des compléments alimentaires ?

In fine, et d’un point de vue plus global que mes éternels « coups de gueule » ciblés  et générés par le mépris du grand public et des institutions envers le monde sportif, la consommation des compléments alimentaires pourra répondre à plusieurs objectifs. On estime qu’ils peuvent s’avérer utiles dans certaines situations pour compléter l’alimentation habituelle :

•    Pour apporter du mieux-être et répondre à un souhait de confort sur le long terme (anti-âge, beauté des ongles et des cheveux, mémoire, résistance, souplesse des articulations)

•    Pour répondre aux besoins de l’organisme (fatigue, stress, jambes lourdes, digestion, minceur…)

•    Pour éviter ou combler les déficits (apport en fer, en iode, en calcium, vitamines B9 et B12, zinc, magnésium) ou réduire les facteurs de risques d’apparition de certaines maladies (par exemple en réduisant le “mauvais” cholestérol, facteur de risque des maladies cardio-vasculaires).

Quand le marché des sportifs amateurs et professionnels est totalement nié…

Cependant, ces considérations peuvent sembler bienveillantes mais elles ne prennent toujours pas en compte l’utilisation des compléments alimentaires dans le cadre athlétique, alors que le marché ne cesse de progresser dans ce sens; un peu comme si ces espèces de sondages en étaient restées à des considérations infantiles sur les besoins de l’organisme et la recherche du bien-être. Pourtant, ce qui nous intéresse ici concerne la consommation de protéines, de créatines et d’autres ergogènes aujourd’hui bien connus comme le bêta alanine, la bétaïne, les acides aminés et dérivés (HMB…). Cette volonté puérile de nier un marché qui ne cesse de croître en termes de chiffre d’affaires est proprement inexplicable, sinon assez typique de la médecine moderne et européenne. Il s’agirait le plus souvent de scientifiques qui ne s’occuperaient que des cas standards et pas trop compliqués tout en niant purement et simplement la problématique du sport et des athlètes.

Mis à part cette définition élargie, les chiffres sont intéressants et nous indiquent que le milliard d’euros de Chiffre d’affaires a été atteint en 2006, ce qui est sommes toutes, assez représentatif. M’étant basé sur des documents moins précis que ceux que j’ai pu dégotter récemment, ce derniers faisaient état d’un CA de 700 millions d’euros mais toutes les données concernant ce marché n’avaient pas été prises en compte.

Les statistiques font le constat d’un marché du complément alimentaire en  pleine expansion

USP LabsD’un point de vue statistique, on estime que 49,6% des français ont déjà consommé un complément alimentaire contre 37% en 2008 et 17% en 2004; autrement dit, un français sur deux avait déjà consommé un complément alimentaire en 2008 alors qu’ils étaient fortement minoritaires en 2004. De même, plus de 50% des personnes interrogées déclarent utiliser un complément à des fins de préservation de leur santé, 46% le font une fois par an sur plusieurs semaines alors que 67% d’entre eux ne prennent qu’un seul complément par an.  65% d’entre eux déclarent les acheter en pharmacie ou parapharmacie et 48,3% disent suivre les conseils d’un professionnel de santé à ce sujet1.

Weider Nutrition, une grande marque de compléments alimentaires pour les pratiquants de musculationSelon les acteurs et observateurs professionnels du marché2, un certain nombre de problèmes concernant le marché du complément alimentaire ont tendance à émerger, ceux-ci étant a priori créés par de fortes distorsions légales entre les principales zones géographiques mondiales. En effet, les lois diffèrent d’un pays à un autre et l’on peut s’interroger sur le rôle de la communauté européenne à ce sujet qui, pour l’instant, ne montre pas de volonté significative à légiférer dans ce domaine. C’est ainsi que l’on observe un certain nombre de différences législatives majeures entre par exemple le marché français des denrées alimentaires, le marché anglo-saxon qui se veut plus permissif, le marché nord américain (les USA en particulier) qui inclue un certain nombre de substances classées en France dans la catégorie des médicaments, des produits strictement encadrés par la loi. La situation législative des pays de l’Est européen, du Moyen Orient, de l’Asie, de l’Amérique centrale ou de l’Afrique est encore bien plus délicate, les fraudes, les mauvaises pratiques de fabrication et l’absence de contrôle constituent un danger permanent pour la santé des consommateurs.

Une règlementation complexe et contraignante pour les compléments alimentaires

Cette distorsion est en grande partie liée à la déréglementation qui touche les suppléments alimentaires aux Etats-Unis. En 1993, la FDA (Food and Drug Administration) a tenté d’imposer des normes beaucoup plus restrictives à l’industrie du complément alimentaire. Les industriels ont organisé une campagne de pétitions et de lobbying au moment des élections sénatoriales pour protester et exiger notamment le libre accès à l’herboristerie traditionnelle et la liberté d’utilisation des vitamines et minéraux. En 1994, un certain nombre de sénateurs ont fait passer le Dietary Supplement Health and Education Act (DSHEA) qui décrète que tout produit vendu comme complément alimentaire peut être mis sur le marché librement. Aux États Unis, des hormones comme l’hormone de croissance ou la DHEA sont vendues comme compléments alimentaires.

La FDA se trouve pénalisée par le système législatif actuel

Hydro Whey, protéine en poudreDepuis l’adoption de ce texte, la FDA doit prouver la toxicité d’un produit pour pouvoir le retirer du marché. Une lutte permanente est engagée pour limiter la posologie ou interdire certains produits. L’enjeu est d’autant plus grand que le chiffre d’affaires de cette industrie aux USA est considérable ; son taux de croissance est l’un des plus élevés de l’industrie américaine. Il représentait déjà un CA de 8 milliards de $ en 1994, il dépassait les 20 milliards de $ en 2004 et ne cesse de grimper. A l’époque, cela représentait environ 20 fois le CA de cette même industrie en France mais pour 2006 !

Pour parler de ce milliard d’euros, ajoutons que les ventes en pharmacie représente 600 millions d’euros, les magasins spécialisés représentent 119 millions d’euros de ce chiffre d’affaires alors que la vente par correspondance totalise environ 130 millions d’euros. Le total du chiffre d’affaires de ce secteur de l’agro-alimentaire représentait un total de un milliard et 28 millions d’euros en 2006, on peut donc estimer que la vente des compléments alimentaires distribués sur Internet à destination des sportifs représente au mieux 6 à 7%  des ventes. L’essentiel de ce CA est essentiellement constitué par les ventes de produits minceur, stimulants à base de caféine, toniques, remplacements de repas et multivitamines vendus en pharmacie et parapharmacie.La pharmacie, quant à elle, réalise 58% des ventes (en 2006)3.

L’évolution du marché des compléments alimentaires est exponentielle

Le marché du complément alimentaire lui-même tous supports de vente confondus et toutes marques confondues faisait encore l’objet de nombreuses infractions il y a de cela près de dix ans comme le précise un rapport de la DGCCRF établi en 2002 qui précise que: « plus de 700 sociétés ont été contrôlées, tant à la production, qu’à l’importation et à la distribution. Au total, c’est un peu moins de 4 000 produits, étiquetage et composition, qui ont été vérifiés. Les échantillons analysés révèlent un taux de non-conformité de 60 %. Les constats sur le terrain sont identiques à ceux des années précédentes : manque de respect, voire de connaissance d’une réglementation en pleine évolution, difficultés liées à l’absence d’harmonisation et aux disparités culturelles entre les États membres… Les infractions relevées concernent le plus souvent l’adjonction de substances non autorisées, en particulier les plantes et les substances qui en sont extraites, mais aussi les allégations. »

Marque française de compléments alimentaires NHCOPour conclure sur ces chiffres, ajoutons que l’Europe est un petit Poucet par rapport au géant américain qui domine largement le secteur du complément alimentaire, tant en termes de poids financiers qu’en nombre de marques dominant le marché. Cependant, la France compte un nombre appréciable de marques spécialisées, notamment sur le marché de la minceur, qui dominent très largement le marché — à plus de 90% — et ne laissent pratiquement aucune place aux marques américaines dans ce créneau. Au niveau des compléments pour sportifs (protéines, gainers, stimulants de pré-entraînement, acides aminés…) on constate l’inverse, les américains dominent le marché mais certaines marques françaises commencent à savoir imposer leurs marques par la qualité de leurs produits (EA Fit, Scientec Nutrition, NHCO, Corgenic…). Quant au Maghreb, le marché est totalement dominé par les marques françaises, les marques américaines étant pratiquement absentes de ces pays.

Les compléments alimentaires « athlétiques » tiennent une place marginale sur le marché

Aujourd’hui, les compléments les plus consommées par les athlètes sont les multivitamines, les protéines en poudre et notamment le lactosérum, les « gainers« , des compléments riches en hydrates de carbone et plus pauvres en protéine. La créatine est les autres compléments stimulants ont également pris une place importante mais les chiffres manquent pour pouvoir appuyer ces dires, les données concernant le marché des sportifs étant quasiment, un marché qui, rappelons-le, concerne au mieux que 6 à 7% des consommateurs.

Sur Internet, les compléments alimentaires sont sectorisés, gainers, protéines, créatines, stimulants de divers types, oxyde nitrique (pour la congestion musculaire) ou protéines multisources et petit lait font l’objet de catégories particulières. Le nombre de marques présentes sur le marché est aujourd’hui quasi-indénombrable, on peut raisonnablement estimer celui-ci à plus de 250, voire plus de 300.

On pourra conclure que le marché est en pleine croissance et en pleine évolution, de nouveaux acteurs ne cessent de voir le jour (distributeurs, fabricants…) et que la tendance vient le plus souvent des États Unis qui reste de loin, majoritaire sur un marché qu’il a créé et qu’il continue de dominer. Espérons que les instances de protection sanitaires européennes et françaises en particulier, soient suffisamment vigilantes pour nous éviter les excès en tous genres régulièrement importés des USA.

A bientôt pour de nouveaux articles,

Eric Mallet

  1. Source: Conférence Synadiet, Paris, le 14 avril 2010 []
  2. Source : 6ème colloque national : Actualité du dopage par les compléments alimentaires Docteur Jean-Pierre FOUILLOT Maître de conférence des universités – Praticien hospitalier en physiologie, Paris XIII []
  3. Source: Syndicat de la diététique et des compléments alimentaires, Le marché des compléments alimentaires: chiffres clés 2006 et IMS Health 2007 []

A propos de l'auteur

Passionné et pratiquant depuis plus de 20 ans, j'ai toujours porté un regard curieux sur le développement de la science des ergogènes et de la nutrition sportive. Diplômé des universités Lille 3 et Paris 7, je passe actuellement ma thèse en psychologie sur la question de la sublimation par la culture physique et la musculation. Espace Corps Esprit Forme est à considérer comme un blog de vulgarisation scientifique, destiné à aider le pratiquant tout en lui donnant des informations scientifiques utiles à sa pratique des sports de force.

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